Accueil | Tous les Documents
Sommaire
page gauche
page droite
page précédente

csbr01
  page 01

 

 

Brétigny, premier centre technique du CNES
et les premiers satellites

 
 

Jean-Pierre Causse
Ancien Directeur du Centre Spatial de Brétigny

 

Chers collègues et amis, je suis vraiment ravi et fier d’avoir été invité à évoquer pour vous les premières années de fonctionnement du CNES à partir de Brétigny. Ce furent des années intenses, chargées de souvenirs.
Il suffit de dire que nous étions jeunes, dynamiques, actifs, courageux. Nous avons aussi beaucoup travaillé…
Les principes que l’on vient d’évoquer, nous les approuvions tous. Les hautes autorités du siège nous ont apporté un soutien constant, sans nous imposer trop de règles et faisaient autant que possible écran aux inévitables nécessités de la vie administrative.
Nos réussites ont fait le reste. « Nothing succeeds like success », disent les Américains.

On fait naître le CNES en décembre 1961, c’est vrai pour la loi le créant. En tant qu’organisme, il n’a existé juridiquement qu’au 1er mars 1962.
Je suis moi même arrivé le 1er octobre suivant, venant d’Amérique, et c’est le 15 octobre que la Direction scientifique et technique s’est installée à Brétigny-sur-Orge en déménageant de la rue Lapérouse. Nous ne sommes que quelques uns.
Je me souviens de Pierre Morel et d’Hélène Lassalle, de Jean Saint-Etienne. Le Centre d’essais en vol, nous prête un bâtiment à la vocation indécise, du côté des hélicoptères. On nous accepte au Mess pour déjeuner.

Brétigny se révèlera un endroit favorable avec ses vastes espaces constructibles. Bientôt l’autoroute du sud arrivera jusque là et en facilitera l’accès. Et puis il est à la fois près de Paris et de la plupart de nos interlocuteurs, scientifiques ou industriels.

Le CNES c’est déjà un peu plus que ça et mon équipe, c’est à dire la division satellites, est en train de se constituer du côté de Greenbelt, Maryland.


Xavier Namy

J’ai déjà rencontré Xavier Namy à Washington, le 4 juillet. Pendant l’été, Namy mais aussi Bernard Saint-Jean et Jean Dinkespiler ont visité mon labo à Princeton dont les travaux, justement, m’ont déjà ouvert les portes de ce fameux Goddard Space Flight Center. J’habite les Etats Unis depuis 8 ans et je viens de vivre en direct la formidable réaction des américains après le choc du Spoutnik, qu’ils ont pris comme une humiliation et une menace pour l’avenir du monde libre.

A peine installé à Brétigny, je suis reparti aux USA pour organiser le travail sur FR1 et accueillir mes premières troupes, les "12 de Goddard" comme on les appellera et qui arrivent les uns après les autres pour y rester six mois.
A Paris, on a confié, à tout hasard, au service de l’infrastructure des bases aériennes, le soin de dessiner un premier bâtiment pour le CNES. Ce fut le bâtiment "Laplace".
Jacques Blamont et moi y garderons nos bureaux jusqu’au bout. Un secrétariat commun les sépare. Rosette Mauve et Margaret Thevenot y monteront une garde fidèle et efficace.

Blamont, pour marquer l’événement, eut la bonne idée de faire prendre une photo devenue célèbre, au moment exact où les travaux allaient commencer.


Jacques Blamont, Jean-Pierre Causse, Pierre Morel, Bernard Golonka, Jean Dinkespiller, Pierre Chiquet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

L’équipe de direction est là, sur ce qui n’est encore qu’un terrain vague, au mois de mars 1963.

Moins de trois ans plus tard, cette même équipe aura déjà lancé, avec un succès complet, deux satellites différents, après avoir:

- recruté les ingénieurs et techniciens qui les ont réalisés
- construit et équipé les locaux dans lesquels ils auront été conçus, commandés, assemblés et essayés !
Et je ne compte pas pour rien l’activité débordante de campagnes de fusées sondes, dont plusieurs, spectaculaires, en dehors de tout champ de tir organisé, comme en Islande, bientôt en Terre Adélie ou en Argentine.

Après le "Laplace", Dinkespiler fera construire, sans désemparer, le "Lagrange", le "Le Verrier" pour le centre de calcul, à l’époque un des mieux équipés de France, le "Fontenelle", le "Pascal" qui logera la grande chambre à vide, dite aussi le "grand simulateur spatial" dont se gaussera cruellement le Canard Enchaîné.