* Astronome au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille
* Ancien Directeur du Laboratoire d’Astronomie Spatiale de Marseille
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hamd01
 
 
  L'homme au mouchoir vert
 
 
R. Choquet
 
 
 
Le 27 Février 1967, l'Agence France Presse diffusait sur son réseau international de télétypes, la nouvelle suivante :
  "Marseille: Deux nouvelles nébuleuses viennent d'être découvertes par des savants français, Messieurs Georges Courtès et Maurice Viton. La découverte a eu lieu le 11 Janvier, grâce à une caméra placée dans une fusée Véronique, lancée de la Base de Hammaguir. Selon les spécialistes, la découverte de ces nébuleuses situées dans la Constellation d'Orion et qui n'émettent pas de lumière dans la visible constitue un brillant succès pour la recherche spatiale française"
 
J'ai toujours pensé qu'il existait, entre situations matérielles et certains êtres d'exception des liens ténus mais surs. On rencontre rarement de tels êtres, même sur un champ de tir, mais leur présence est toujours l'annonce de situations exceptionnelles.
Le 11 Janvier, un observateur averti aurait pu remarquer dans les équipes de tir, en opération autour du portique Véronique, un petit homme d'un certain âge, que, ni sa veste de combat américaine, passée au soleil, ni son vieux pantalon de velours, ni son casque de protection, ne différentiaient des autres, mais qui portait obstinément à la main droite un mouchoir vert. C'était Henri Cartier-Bresson, et le mouchoir vert, le cache poussière de son Leica. Henri Cartier-Bresson est resté dix jours avec nous. Il s'est immédiatement attiré la sympathie générale et, très rapidement, s'est "dissous" dans notre milieu, en adoptant la façon de vivre, avec les horaires et les habitudes des "gens de Campagne", pour ne plus être qu'un participant, devant lequel on ne posait plus.
 
 
De ces dix jours de travail est sorti le plus beau reportage, le plus beau document humain que l'on puisse imaginer Une campagne de tir, vue de l'intérieur, au niveau de ceux qui travaillent, qui veillent et qui doutent.

Pensez-vous que le seul hasard ait voulu que devant la caméra de H.C.B., ce soit présenté ce très beau portrait de G. Courtès et M. Viton, crevés de travail et d'attente, assis sous la lumière crue d'un hall de montage, désespérés de leur expérience ratée?
 
Pensez-vous que ce même hasard ait voulu que, dans la pointe de leur engin, pilonnée par un impact en pleine dalle rocheuse à 80 m/seconde, sans fonctionnement de récupération, une seule chose reste intacte, une petite structure métallique contenant un film exploitable, capable de restituer l'image de deux nébuleuses inconnues?

Pour ma part, je crois à l'influence du petit homme au mouchoir vert.
   
 
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