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hami401
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Un succès total

 

Les caprices de Diamant

Vendredi 11 février:


Le satellite D1

Une centaine de journalistes étaient là, parqués près de l'aile gauche du poste de Commandement du champ de tir (PCCT) à 2 km environ du portique Brigitte.
L'atmosphère était détendue, aucun doute possible. A1 était parti, il devait en être de même pour son frère D1.....
Après quelques suspenses de chronologie, les minutes et les secondes s'étaient égrenées imposant progressivement le silence à mesure que l'instant de départ approchait.
Au pupitre de tir, on ne lisait pas dans les visages attentifs une tension anormale, ce genre d'opération était devenue une routine.
Pourtant ....
Pourtant à H -17 secondes exactement les chronomètres s'étaient arrêtés, laissant tout ce public consterné.
Le brouhaha des journalistes avides de renseignements n'avait été interrompu que par les déclarations des ingénieurs:

La prise ombilicale de la "case équipement" du satellite (qui n'existait pas pour A1) avait entrainé dans sa chute celle de la case équipement du lanceur.

Panne stupide, mais en rien compromettante, le tir était ainsi remis au lendemain.

Samedi 12 février

Diamant n'avait pas fini ses caprices, ce qui jusqu'ici était devenu un petit incident allait prendre l'allure d'une leçon:

5.4.3.2.1.0. Feu.... Diamant était restée immobile et insolente...

Déjà un speaker avait annoncé fébrilement "décollage"..... imagination ou illusion d'optique. Diamant n'avait rien dit. Les lauréats et lauréates du concours général avaient serré les poings d'indignation.
A l'agitation générale s'était mêlé l'humour: on n'avait pu échapper au pouvoir comique d'un tel évènement...
Restait l'inquiétude...
A la suite d'un "long feu" la fusée pouvait exploser au sol, le personnel de Brigitte était condamné à rester prisonnier dans son blockhaus pendant 40 minutes. Ensuite les artificiers procèderaient à un désamorçage délicat.

Ce sont les déclarations de l'Ingénieur Commandant Terrazonni qui permirent d''éclaircir l'affaire: "l'allumeur n'avait pas fonctionné".

Il s'agissait à nouveau d'une panne stupide et surtout étonnante, car le premier étage de Diamant avait maintes fois été expérimenté, il avait servi à Emeraude, Saphir et enfin au Diamant tiré le 26 novembre dernier.
Le tir était à nouveau reporté, il fallait que l'allumeur défectueux soit expertisé.

La SEREB entreprit donc de démonter la capricieuse fusée, une batterie interne était à recharger, de plus il fallait entreprendre l'opération délicate de vidange du 1er étage, en effet, l'acide nitrique très corrosif attaquant déjà les parois de la fusée, risquait de la rendre dangereuse au delà d'un délai de 96 heures.
Dès lors, l'attente commença...
Dans l'esprit de chacun, techniciens et surtout journalistes les caprices de Diamant prenaient l'allure d'un échec. Pourtant, il suffisait de voir la réalité en face: Diamant n'avait rien dit....
Diamant avait simplement ajourné son départ... quelques jours, qu'est-ce que c'est lorsqu'il s'agit d'un édifice ayant demandé 6 années d'effort.
Non! pour tous et pour l'opinion publique représentée par les journalistes, il aurait fallu qu'elle parte.

Le Professeur Blamont, Directeur Scientifique et Technique du CNES avait gardé une érénité désarmante, "un échec de ce genre est plus profitable qu'un départ sans faille" avait il déclaré, en rajustant ses lunettes sommairement réparées avec du scotch...

Le général Hautière avait tenu une courte conférence de presse, il ne semblait pas trop affecté par cet échec apparent... Enfin les journalistes étaient retournés dans leur parking, on avait rendu les masques à gaz, certains avaient commencé la rédaction de leur article pour que le "Vautour", déjà sous pression puisse emporter ces informations en France. "Echec Diamant",
"Diamant ne part pas"...
Non, Diamant fait des caprices tout simplement !

Dans le PCCT d'Hammaguir

Jeudi 17 février:


De gauche à droite: Mollard, Robert, Terrazonni, Fontaines

De notre galerie vitrée, on surplombe le pupître de tir.
Le capitaine Robert (Chef de tir), l'ingénieur principal Terrazonni et Monsieur Mollard (représentant de la S.E.R.E.B.) sont attentifs, ils se trouvent à nouveau aux commandes d'une des plus grandes oeuvres françaises.
Je rappelle que Diamant II possède dans son ogive un satellite scientifique conçu et réalisé par le C.N.E.S. Pour A1, il s'agissait simplement d'une capsule contenant quelques appareils nécessaires à la poursuite au sol.

- Attention pour H-20 mn du tir! proclame posément le Capitaine
- Top 20 mn du tir!

Sur notre gauche 2 écrans de télévision détaillent la silhouette de l'imposante fusée ... Diamant va-t-elle se moquer de nous comme la dernière fois?
On ne peut s'empêcher de la personnaliser, elle semble posséder son cerveau à elle, sa volonté propre... partira-t-elle ce coup-ci ?

- H-19mn !

Monsieur Dorléac, Monsieur Chevalier et les autres grands patrons du projet sont assis dans la galerie qui prolonge la notre, il ne peuvent camoufler l'anxiété qui les étreint; la gloire ou la honte pour ces hommes est suspendue aux quelques minutes qui vont suivre le signal "feu".
Ils savent que l'opinion publique sera impitoyable en cas d'échec. Seront ils vainqueurs?
Deux caméras apportées par l'O.R.T.F. sont braquées sur le pupitre ne perdant aucune des expressions des officiers de tir

- Attention pour 15 mn du tir!
- Top 15 mn du tir!

- Champs en 252! annonce une voix lointaine
- Brigitte! Compte rendu Répondeur!

Ces phrases hachées, mystérieuses pour le profane évoquent un monde de science fiction.

Attention pour 13 mn du tir!

Instinctivement on regarde sa montre afin d'évaluer ce temps qui paraît si long.

H - 12mn...
H - 11mn 30...

A mesure que les minutes s'égrènent, les annonces se font plus fréquentes, comme si le souffle du Chef de tir devenait plus haletant. Des voyants rouges et jaunes s'allument encore sur le pupitre, au signal "feu" ils seront tous verts si tout fonctionne bien.

- Aquitaine, vous interrogerez à 11 mn... top 11 mn! Enregistreur paré!

Soudain après un temps mort imprévu:

- Arrêt chronologie! Il faut contrôler les répondeurs.

Le Capitaine Robert et le Général Hautière, échangent un regard, ils discutent. De notre poste d'observation, cela se traduit par un mimétisme amusant. Rien de grave apparemment.

Répondeur jaune!... on peut reprendre la chronologie au décompte affiché: annonce le haut-parleur.
Aquitaine, ... interrogez !

Et la chronologie reprend son impitoyable musique.

Top 10 mn du tir !

Le silence est total maintenant, parfois c'est un regard complice qu'on échange avec le voisin.

Champs sur 245 à la télémesure ! annonce une voix sortie d'on ne sait où. Champ COTAR correct!

Le grand panneau lumineux qui affiche un SILENCE gigantesque fait sourire, on ne peut que rester muet en de tels instants. Enfin des minutes on passe aux secondes.

-10 -9 -8 ..... On s'agite, déjà;

la plupart des observateurs on soulevé les petits rideaux noirs cachant l'extérieur, et regardent la fusée toujours immobile à 4 km de là.

-4 -3 -2 -1 -0 ... Feu ! On tremble...

la flamme apparaît, après les 3 secondes nécessaires à l'établissement de la poussée, l'engin se soulève lentement, et comme pour A1 c'est le spectacle fascinant d'une flèche empourpré de feu qui s'élève dans ce ciel sans tache.