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Une grande fresque sur les débuts du CSG

 




Yves Sillard


Interview par David Redon
le 20 mai 2003


Yves Sillard, second directeur du Centre spatial guyanais (CSG), de 1969-1972, a accordé à David Redon un entretien thématique, dans le cadre de l’Extension du Projet Histoire de l’Agence spatiale européenne, avec la collaboration de l’Institut Français d’Histoire de l’Espace.

Reproduit avec l'accord d'Yves Sillard et celui de David Redon


DAVID REDON : Quelles sont vos origines familiale et sociale ?

YVES SILLARD : Mon père était avocat à Coutances, dans la Manche. J'ai fait successivement mes études à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole supérieure d'Aéronautique (Supaéro). En cours d'Ecole supérieure d'Aéronautique, j'ai fait un an de pilotage et j’ai été promu pilote militaire de l'Armée de l'Air, ce qui m'a permis de beaucoup voyager durant toute ma carrière. Au Centre d'Essais en Vol (CEV), j'ai fait 1200 heures de vol.

DR : En quelle année vous trouvez-vous à l'Ecole polytechnique ?

YS : C'est la promotion 54, c'est-à-dire que je suis entré en octobre 1954.

DR : Peut-on déjà parler à cette époque de vocation spatiale ?

YS : Non. Je ne pense pas. J'ai une vocation qui m’est venue un peu d'une année sur l'autre. À l'Ecole polytechnique, j'ai eu envie d'être ingénieur de l'Armement et à cette époque-là ingénieur militaire de l'Air, en particulier pour pouvoir voler et piloter, tout en étant dans une véritable carrière d'ingénieur ; ça m'intéressait de piloter. Je suis donc arrivé dans l'Armement après avoir fait mon pilotage, etc. J'y ai eu une opportunité qui fut de partir à Colomb-Béchar. Je suis donc parti à Colomb-Béchar pour être responsable des premiers essais de la force de dissuasion.

DR : Vous ne suivez pas la formation de perfectionnement aéronautique au collège de Cranfield ?

YS : Non.

DR : Est-ce que durant votre séjour à l'Ecole polytechnique et à Supaéro, vous rencontrez déjà des personnes qui allaient être aussi des pionniers du spatial ?

YS : Je pense que non. On ne peut pas dire que je me sois senti destiné au spatial très longtemps à l'avance. C'est venu progressivement. En fait, j'ai rencontré [inaudible], lorsque que je m'occupais des essais et de la force de dissuasion à Colomb-Béchar.
J’étais le responsable, sur place uniquement, car il y avait des responsables en France sur ce grand sujet. J'ai été parallèlement le Chef du détachement du Centre d'essais en vol de Colomb- Béchar. Là, j'ai rencontré des gens qui s'occupaient d'équipement de champ de tir puisque l’on prévoyait à cette époque-là de faire un immense champ de tir partant de Colomb-Béchar. Mais ça a été abandonné.

DR : Le champ de tir des 3000...

YS : Oui, c'est ça. Dans le sud du Sahara, si vous voulez. Ce projet a ensuite été abandonné à cause de l'indépendance de l'Algérie et s’est fait au Centre d’Essais des Landes (CEL).
Là, j'ai rencontré des gens qui commençaient à s'occuper de champ de tir. Ensuite, ça m'a beaucoup intéressé de m'occuper de la création du champ de tir de Kourou en Guyane.
Quand ce projet a commencé à se dessiner, je revenais de Colomb-Béchar où j'avais passé trois ans. Je suis resté un an à ce moment-là au Centre d'essais en vol de Cazaux, d'où j'essayais de partir pour entrer au CNES, afin de m'occuper de la construction de Kourou.
J'ai eu beaucoup de mal, parce que, à cette époque-là, la Délégation Générale à l'Armement (DGA) acceptait difficilement de lâcher les gens. J'avais indiqué à cette époque que je ne m'intéressais pas particulièrement à l’armement ; où j'étais, au Centre d'Essais en Vol de Cazaux, on s'occupait de l'armement des avions.
En fait, j'avais dit ça pour aller au CNES et à Kourou.
Tout de suite on m'a dit : « Puisque que vous ne voulez plus vous occuper d'activités d'Armement, on va vous muter sur le programme Concorde ». Ce qui fait que pendant un peu plus d'un an je me suis occupé du programme Concorde en tant qu'ingénieur responsable pour le Secrétariat général à l'aviation civile.
C'était une période où on faisait les choix avec les Anglais de tous les équipements futurs de l'avion, on essayait de défendre la part des industriels français. Et puis finalement j'ai réussi à être détaché au Centre National d’Etudes Spatiales (CNES), pour revenir m'occuper de la Guyane.

DR : À Colomb-Béchar, avez-vous fait la connaissance du Général Aubinière ?

YS : Oui. En fait il était déjà parti quand je suis arrivé. Mais j’en avais entendu parler. Et j'ai fait sa connaissance ensuite quand je suis rentré de Colomb-Béchar.

DR : Durant quelles années peut-on situer votre séjour à Colomb-Béchar ?

YS : C'était de fin 1959 à juillet 1962. Pratiquement jusqu'à l'indépendance de l'Algérie, je suis parti juste avant.

DR : Vous êtes donc chargé de la mise en place du CNES en Guyane par le Général Aubinière?


Les différentes phases du centre spatial

YS : Non, pas par le Général Aubinière mais par Pierre Chiquet, que j'avais rencontré à Colomb-Béchar, et qui était le responsable de ce que l'on a appelé l'Equipement des champs de tir, pendant que moi-même j'étais le responsable du Centre d'Essais en Vol. Nous avions des activités différentes mais on s’est bien connu à ce moment-là. Lui est ensuite entré au CNES, et il m'a fait revenir vers ces activités.

DR : C'est Pierre Chiquet qui a dirigé la construction du Centre spatial de Kourou.

YS : Quand je suis entré au CNES, Chiquet était Directeur du développement. C'était un terme assez vague.
Il supervisait en fait trois divisions : la Division des lanceurs qui s'occupait encore à cette époque-là du Programme Diamant, la division qui s'appelait « Equipement du Centre Spatial Guyanais » ; en fait, cela consistait en la réalisation du champ de tir et des infrastructures sur le plan technique et la construction de la ville de Kourou, et cette division c'était moi ; il y avait une troisième division qui s'appelait « Exploitation du Centre Spatial Guyanais » et qui était dirigée par Norbert Charbit. Elle était chargée de préparer la mise en route du champ de tir pour le rendre opérationnel le jour où il serait construit. Cela impliquait la mise en place de personnel par des sociétés de sous-traitance, la mise en place des commerçants, la mise en place des infrastructures de type éducation nationale...
Ça c'était Charbit, moi je n'étais pas du tout responsable de cet aspect-là. Et Pierre Chiquet supervisait l'ensemble. Ultérieurement, dans cette Direction est arrivée une petite division chargée de la construction du Centre spatial de Toulouse lorsqu'il a été décidé de décentraliser de Brétigny vers Toulouse.