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kod5
 
 
  Un rôle dans le domaine spatial pour la Légion
ou Transfert de compétences à Kourou
 
 
 

Extrait de l'interview le 21 octobre 2003 de Michel Bignier
Directeur du CNES (1972-1976)
par David Redon

 
 
 


.../ Michel Bignier: Lorsque nous avons cherché un champ de tir, l'une des options était de rester à Béchar. Les accords d'Évian stipulaient que nous avions le droit de rester encore à Colomb Béchar de 1962 à 1967, soient cinq ans ; on pouvait aussi rester cinq ans à Mers El Kebir. Or en 1963, quand les Algériens sont venus au Bourget, on m'avait demandé de les rencontrer pour discuter avec eux de quel oeil ils voyaient le fait qu'on essaye de maintenir le champ de tir. J'ai rencontré Boumediene et un autre dont je ne me souviens plus du nom, et j'ai passé plusieurs heures avec eux à discuter. Ils n'étaient pas hostiles, ils disaient qu'il faudrait qu'on les paye mais, ça, on était prêt à le faire. Une détente ; ils n'étaient donc pas hostiles et j'ai remis un rapport en disant qu'il ne fallait pas encore fermer cette voie, qu'il fallait la garder. Puis c'est l'ambassadeur de France à Alger qui l'a fermée en disant : « Même si vous traitez dans des conditions bonnes avec eux, même s'ils signent un traité d'accord dans de bonnes conditions avec vous, rien ne dit que deux ans après, ceux avec lesquels vous avez signé seront encore au pouvoir. Une autre équipe pourra venir après et tout détruire et vous serez dans leur mains avec un marchandage ». Donc, dès fin 63, on a pris la décision de faire un autre champ de tir qui ne pouvait pas être mixte avec les Armées, parce que les Armées cela leur était égal de tirer face à l'ouest. Ils avaient donc pris le champ de tir de Cazaux.

David Redon
: Cazaux...
MB : Cazaux, au sud de Biscarosse. Cazaux et Biscarosse étaient voisins. Cazaux était un centre du Centre d'essais en vol pour les tirs de l'Armée de l'Air, Biscarosse était le Centre d'essais des Landes, mais cela se touche.
Ils avaient donc pris cela et ils avaient un réceptacle en mer, un bateau au point qu'ils visaient ; il se mettait dans la zone où ça devait retomber et où ils repêchaient les morceaux.
Pour nous, c'était impossible ; pour mettre des satellites en orbite, il faut le champ de tir face à l'Est, il faut des zones de retombée d'étage extrêmement vastes. On avait aussi besoin de tir face au Nord, face aux pôles ; il fallait donc une ouverture sur la mer face à l'Est et face au nord. Kourou s'est donc imposé. La troisième condition, c'était qu'il fallait être le plus près possible de l'équateur pour s'aider de la rotation de la Terre.
Lorsqu'on a mis ça en équation, on s'est aperçu que la Guyane était toute indiquée. Les autonomistes, en Guyane, il y en a un peu ; il y en a extrêmement peu qui se remuent et qui font du bruit. Ils font parler d'eux, mais vraiment ça se passe bien.
Quand on a fermé la ville ELDO, c'est-à-dire quand l'ELDO a fermé et qu'ils n'ont plus envoyé de gens, il y avait 400 logements qu'on avait faits pour eux, qui se trouvaient vides et pour lesquels j'avais des annuités de remboursement à payer.
J'ai eu l'idée de faire venir le 3ème Régiment étranger d'infanterie [3ème REI] qui revenait de Madagascar et que les Armées ne savaient pas où mettre.
Je suis allé voir M. Messmer, avec lequel j'étais bien, et je lui ai demandé : « Pourquoi ne mettriez-vous pas le 3e REI en Guyane ? ». Il m'a demandé quel intérêt je voyais à cela.
Je lui ai répondu : « J'y vois un intérêt double : Premièrement, ils imposeraient une force sur le plan local qui dissuaderait les mouvements indépendantistes de nous apporter des troubles et deuxièmement, ils pourraient s'établir immédiatement dans les logements qui ont été fait pour la ville ELDO ».
M. Messmer a dit : «On ne peut pas installer des légionnaires dans des F2 et des F3 »
Je lui ai répondu : « M. le ministre, excusez-moi, mais la légion s'adapte partout, il n'y a donc pas de raisons qu'elle ne puisse pas s'adapter. »
Ils sont venus, ils ont dit qu'ils occupaient la ville ELDO pour cinq ans ; ça fait 25 ou 30 ans maintenant, et ils y sont encore. Ils s'y sont plu et cela a marché.

DR
: Avec la forêt vierge, ils ont un centre d'entraînement idéal...
MB : Oui, ils percent des routes d'oeuvres, ils percent la route vers Saint-Georges de l'Oyapock, c'est donc absolument remarquable.
Alors il y a eu un petit incident drôle avec eux, c'est qu'une fois, faisant une inspection en Guyane vers 1974, je suis reçu à l'aéroport par le directeur du champ de tir qui avait une gueule longue, longue comme ça. C'était Hubert Bortzmeyer.
Alors je lui ai demandé ce qui n'allait pas, si c'était au centre... Il m'a répondu que le centre était en très bon état et qu'il marchait très bien.
« Que se passe-t-il alors ?
- Ce sont les relations avec la Légion.
- Pourtant la dernière fois lorsque je suis venu il y a quelques mois tout se passait bien.
- Mais le colonel a décidé de fermer son bordel militaire de campagne.
- En quoi cela vous gêne-t-il ? Je pense que vous n'étiez pas client.
- Non qu'allez-vous inventer là ? Mais ce sont les raisons pour lesquelles il l'a fermé qui ne me plaisent pas. »
Je lui demande quelles sont les raisons et il me dit : « Vous allez voir le colonel demain, vous lui demanderez vous-même. »
Alors je vois le colonel le lendemain, je lui demande si tout se passe bien, il me répond que les hommes se sont bien adaptés, que la Guyane est un pays superbe, qu'il est enchanté et que tout se passe bien.
« J'ai appris que vous aviez fermé votre bordel militaire de campagne.
- Oui, il ne servait plus à rien.
- Mais comment ça il ne vous sert plus à rien ? Vos hommes, vos militaires, auraient-ils perdu leur virilité ?
- Non, mais avec les femmes de vos ingénieurs et de vos techniciens, ils trouvent en ville tout ce qu'il leur faut et ils aiment mieux ça. Mes filles qui sont des brésiliennes, il y en avait huit ou dix que je renouvelais tous les six mois, n'avaient plus de clientèle.
- C'est embêtant cela.
- Non, cela n'est pas embêtant, parce que tout le monde est content : les légionnaires ne payent plus, les femmes de vos ingénieurs et techniciens parce que nos légionnaires sont beaucoup plus actifs que leurs époux, et vos ingénieurs et techniciens sont contents aussi parce que leurs femmes sont gaies à la maison. »
J'ai dit ensuite à Hubert Bortzmeyer : « Écoutez, c'est une affaire interne. On ne va pas ouvrir un autre bordel. »
 
 
 
   
 
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