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bab0b
 

 

Meudon le 19 janvier 1961

Monsieur Pierre Auger
Président du Comité des
Recherches Spatiales
78, rue de Lille
Paris 7e

 
 

Monsieur le Président

En réfléchissant l’année dernière à plusieurs problèmes relatifs à l’emprisonnement de particules chargées dans le champ magnétique terrestre, je me suis rendu compte que la position géomagnétique des Iles Kerguelen était favorable à une série d’expériences. Ces îles sont en effet une des rares terres émergées situées dans l’hémisphère Sud dans la zone de précipitation des particules cosmiques (57° Sud géomagnétique). J’ai alors demandé au Comité National Français des Recherches Antarctiques s’il était possible de tirer parti des installations scientifiques déjà existantes à Kerguelen pour y organiser une série d’expériences nouvelles.
Une réunion à eu lieu à Paris en mai 1960 sous la présidence de M. GOUGUENHEIM, Ingénieur Général Hydrographe, Directeur du Service Central Hydrographique de la Marine, où il est apparu qu’il ne serait ni difficile ni coûteux d’adjoindre à des programmes déjà existants des expériences de géophysique: observations optiques, lâchés de ballons, tirs de fusées.

Les buts scientifiques de ces expériences sont les suivants:
1/ Observations optiques en 2 points géomagnétiques conjugués des aurores polaires
2/ Observation à 2 points antipodes géomagnétiques des événements solaires à protons
3/ Mesures de la température de l’ionosphère à des latitudes géographiques égales et géomagnétiques différentes.

La première expérience comporte des observations en U.R.S.S. et à Kerguelen. J’ai demandé le 2 septembre 1960 à l’Académie des Sciences de l’ U.R.S.S. si elle accepterait de participer à des expériences et j’ai reçu le 27 novembre une réponse affirmative.
Mes expériences utiliseront une série de moyens photographiques et photoélectriques mis au point à l’Observatoire de Meudon, utilisés à Kerguelen par des membres de mon Service et en Russie par des expérimentateurs soviétiques.

La deuxième expérience comporte une série de 20-30 lâchés de ballons portant des scintillateurs afin de mettre en évidence la présence de rayonnement à 40 km lors des éruptions solaires. Les mêmes expériences doivent être effectuées en même temps à Minnéapolis, antipode géomagnétique par le Professeur WINCKLER. Le riomètre de l’Université d’Alaska devra transmettre ses informations par téléphone et télégraphe depuis Anchorage jusqu’à Minnéapolis et Kerguelen en moins d’1 heure.
Le Professeur WINCKLER a accepté de participer à nos expériences et doit fabriquer 25 équipements de ballons nécessaire à la réalisation du programme.

La troisième expérience comporte le lancement de nuages de sodium par fusée en même temps à Woomera (Australie) et à Kerguelen. Il n’est pas encore certain que l’expérience (sur “Véronique” ou sur “Centaure”) soit possible ou désirable cette année à Kerguelen. Cependant, le colonel Marchal, Directeur de l’Etablissement d’Expériences Techniques d’Autopropulsés et des Guidages qui a bien voulu se rendre à Kerguelen à notre demande au cours du mois dernier, indique dans son rapport que les tirs sont possibles. Dans ces conditions, nous avons demandé aux Anglais de bien vouloir organiser un ou deux tirs de Skylark en Australie. Il est vraisemblable que cette expérience ne pourra être organisée pour 1961 et que nous devrons nous contenter de tirer des fusées seulement à Kerguelen dans le but de nous familiariser avec les opérations spatiales dans cette île. Il semble donc qu’il nous sera possible de nous livrer à des expériences importantes sans que de trop gros moyens soient engagés.
J’ai donc l’honneur de vous demander de bien vouloir soumettre au Comité des Recherches Spatiales les idées que je viens de développer et de lui demander s’il lui serait possible de donner son accord à la poursuite d’une telle entreprise. Il apparaît en effet maintenant que cette expérience ne doit pas être poursuivie seulement dans le cadre de mon Service mais doit recevoir l’approbation officielle du comité qui permettrait d’obtenir le support du Ministère des Armées et du Ministère des Affaires Etrangères.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon respectueux dévouement.

 

 

J. Blamont
Professeur à la Faculté des Sciences de Paris
Directeur Adjoint du Service d’Aéronomie

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