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Pierre Guillaumat: ministre délégué auprès du premier ministre Michel Debré, chargé de l'énergie atomique, de la recherche et de la fonction publique de février 1960 à avril 1962
DGRST: Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique
DMA: Délégation Ministérielle pour l'Armement crée en 1961
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L’âme du CNES

Par Jacques Blamont

Ouverture du colloque de l’AAA sur les cinquante ans du CNES
Paris, le 9 février 2012

 

Chers amis,

C’est un plaisir pour moi d’ouvrir ce symposium en remerciant l’Association amicale des anciens du CNES, son bureau, son président M. Jacques Simon et le président du chapitre local M. Yves Beguin de l’avoir organisé, ainsi que le CNES de lui offrir l’hospitalité.


Spoutnik 1 en préparation. Crédit Archives Nasa

Et je remercie aussi ceux qui ont bien voulu se déplacer pour participer à une manifestation qui ne sera pas une réunion d’anciens combattants, mais un effort pour analyser la spécificité d’une Agence née d’un miraculeux hasard, unique dans le paysage gouvernemental de notre pays, un établissement qui, on l’a dit à haute voix dès sa naissance, ne devrait pas exister.

Le CNES est l’organisme chargé de la politique spatiale de la France. Disons plutôt qu’il s’est chargé de la politique spatiale de la France et qu’il s’est construit lui-même pour assumer cette fonction.

Dans les années qui suivirent le lancement de Spoutnik-1, le monde entier pensait que seuls les Deux Grands étaient capables d’un tel exploit. Pour un petit pays comme le nôtre, c’était une affaire ne nous concernant pas, et c’est pourquoi la première initiative dans ce domaine vint chez nous des diplomates qui engendrèrent au début de 1959 le Comité des recherches spatiales.


Crée le 17/09/ 59

La décision du Général de Gaulle de développer la force de dissuasion au moyen de capacités nationales engendra une dynamique : dès la création de la SEREB, sa direction des études découvrit que les vecteurs dont elle avait la responsabilité permettraient une mise en orbite pour un surcoût dérisoire. Devant cette possibilité nouvelle, le premier ministre Michel Debré décida de « réanimer le Comité des recherches spatiales » (selon ses termes).
Le ministre Guillaumat et la DGRST ne voulaient pas d’un nouvel organisme, mais le colbertisme de Debré lui fit accepter l’idée d’un bureau d’études musclé, et ce fut le CNES, centre d’études.
Le ministre Habib Delonde ne défendit-il pas sa création devant le parlement en assurant qu’en développant l’anti-gravité, la France rejoindrait les puissances spatiales ?
Ses premiers mois furent bien ceux d’un bureau d’études.

Son directeur général Aubinière, habitué des méthodes chères au Ministère de la Défense, voulait créer un Service technique traditionnel, pour gérer des programmes sous-traités. Le développement du lanceur Diamant était confié à la SEREB. Le champ de tir appartenait aux Armées.
Outre l’anti-gravité, il n’y avait dans la corbeille du CNES qu’un accord avec les Etats-Unis négocié par le Comité des recherches spatiales pour la mise en orbite par Nasa d’un satellite scientifique fourni par la France.
En l’absence de toute compétence spatiale en Europe, il aurait dû, suivant l’exemple des Britanniques pour leur satellite Ariel-1, être fabriqué aux Etats-Unis.
Le général Aubinière, sans troupes, commença donc à sous-traiter les tâches : à la SEREB la fabrication des quatre satellites destinés au Diamant, le développement de la technologie spatiale au CNET. Mais le recrutement de Jean-Pierre Causse, Pierre Morel et Xavier Namy changea l’orientation du nouvel organisme.

     

Xavier Namy
 


Nous, ce que nous voulions, c’était une Agence et non un bureau d’études.
Il fallait délimiter notre territoire. Si la DMA exerçait la responsabilité du secteur balistique, tout ce qui touchait à l’orbite, à savoir satellites et industries correspondantes, stations sol de poursuite et de télécommande, calculs de trajectoire, définition et gestion des applications c'est-à-dire rapports avec les communautés d’utilisateurs, tout cela devait constituer le domaine du CNES.


Le Centre Spatial de Brétigny

Sous notre pression, la direction du CNES se convertit à la notion d’Agence, et Aubinière couvrit de sa vaste autorité la croissance de nos effectifs, la construction du centre de Brétigny, la naissance de l’esprit CNES.
Le succès vint de l’amalgame qui se fit entre deux catégories de jeunes gens, des scientifiques, d’une part, habitués des méthodes américaines, et des militaires de l’autre, forts de leur expérience acquise sur les champs de tir.
Les uns apportaient leur rigueur intellectuelle et les autres leur rigueur opérationnelle. La volonté de sérieux était la règle, éliminant les « savants Cosinus » et les chevau-légers. D’où une attitude strictement technique, exigeant des essais approfondis et une instrumentation de bord performante, c'est-à-dire la politique de la « Cadillac en or », adoptée au contact de la NASA.
L’objectif était d’émuler les Soviétiques et les Américains en créant une Agence souple, ouverte, appuyée sur la recherche et l’industrie dans un esprit de coopération, et fixant ses objectifs et ses méthodes avec un extrême pragmatisme.