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  Le Programme spatial français en 1965
 
 
Par NICOLAS VICHNEY
  Le Monde: le 15 septembre 1965
 
 
 

Il, en est aujourd'hui de la recherche spatiale française comme de Janus: vue sous une certaine face, elle manifeste, mais discrètement, une agitation fiévreuse; examinée de l'autre, elle traduit une muette désolation.
En effet, ordre vient d'être donné par le ministère des armées aux techniciens chargés de la mise au point du lanceur de satellite Diamant de hâter leurs préparatifs.
L'impossible est dorénavant fait pour que la France effectue au plus tôt son entrée dans le domaine spatial. Une entrée qui promet, si on ne la manque pas, d'être d'autant plus remarquée et soulignée qu'elle devrait, selon les programmes actuels, s'effectuer quelques jours avant les prochaines élections présidentielles.
Mais, au moment où les techniciens s'efforcent de tenir les nouveaux délais qui leur sont impartis, lles responsables des programmes spatiaux français ne peuvent s'empêcher, quel que soit leur dynamisme, de voir l'avenir sous le jour le plus sombre, tant on semble en haut lieu se désintéresser de leur entreprise et vouloir leur en disputer âprement les moyens.
Tout se passe donc comme si on avait décidé, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la recherche scientifique, de tirer bénéfice au plus tôt des efforts qui ont déjà été fournis, et comme si on n'avait pas trouvé de motifs de poursuivre ensuite sur la voie tracée au rythme qui s'imposait.
Mais peut-être faut-il seulement voir dans la politique dans laquelle on semble vouloir s'engager la manifestation d'une absence de vues à long terme, voire une certaine incompréhension des problèmes que soulève le développement d'un programme spatial.., Et ce n'est pas impossible que tout n'ait pas été fait pour les expliquer.
Quoi qu'il en soit, le fait demeure: nous tirerons à la fin de l'année un petit feu d'artifice qui témoignera de la qualité du travail effectué par nos spécialistes et flattera notre amour propre. Mais dans l'état actuel des chose, il risque fort de n'être qu'un feu de paille.

 
1 - Un satellite avant l'élection présidentielle
 
Si aucun incident ne vient entraver le déroulement du nouveau programme de mise au point du lanceur de satellite Diamant, une première fusée de ce type sera mise à feu dans les derniers jours du mois de novembre au centre interarmes d'essais d'engins spéciaux d'Hammaguir.
Cette fusée sera porteuse d'une charge utile pouvant être mise en orbite - une capsule expérimentale A-I réalisée sur commande de la délégation ministérielle à l'armement - et, quoi qu'on puisse en dire peut-être, ce tir inaugural constituera une première tentative de satellisation.
Si elle venait à ne pas être couronnée de succès et s'il était possible de remédier rapidement à la cause de l'échec, un second lancement identique pourrait être effectué dans la semaine ou les dix jours qui suivraient. En principe, la France devrait donc devenir avant le 5 décembre la troisième puissance, après l'U.R.S.S. et les Etats-Unis, a avoir mis un engin en orbite autour de la Terre par ses propres moyens.
A cette première campagne de tir succédera dès le début de l'année prochaine une seconde série de tirs. Le premier de ces lancements, qui pourrait être effectué dès le milieu du mois de janvier, devrait conduire à la mise en orbite d'un satellite artificiel D-l, cette fois, par le Centre national d'études spatiales (C.N.E.S,). Même si la tentative est réussie, une seconde expérience, qui devrait conduire à la mise en orbite d'un satellite similaire D-1B sera effectuée un peu plus tard.
Mais à ces tirs réalisés à l'aide de la fusée Diamant, construite sous l'égide de la S.E.R.E.B. (Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques), s'ajoutera une cinquième réalisation: la mise en orbite par une fusée américaine Scout, d'un autre satellite mis au point par le C. N. E. S., FR-l.
Cette expérience s'inclut dans le programme de coopération internationale pour le lancement de satellites qu'a établi la N.A.S.A. et dont trois pays - le Canada, la Grande-Bretagne et l'Italie - ont déjà tiré profit, C'est de la base de Vandenberg, en Californie, que la fusée porteuse sera lancée. Le tir doit avoir lieu le 8 décembre.
Ainsi, si tout se passe bien, on devrait pouvoir décompter d'ici cinq mois environ quatre engins français en orbite autour de la Terre: une capsule expérimentale A-l, deux satellites D-1A et D-IB et le satellite FR-l.
Cette série de réalisations, qui marquera incontestablement l'entrée de la France dans le domaine spatial, ne laissera sans doute pas d'impressionner l'opinion publique. De fait, même partiellement réussie, elle portera témoignage de la valeur des techniciens de la S.E.R.E.B., du C.N. E.S. et des firmes qui se sont associées à leur effort. Partant de rien, ils auront su en effet, dans des délais et des prix raisonnables, les uns mettre au point une fusée capable d'atteindre des vitesses cosmiques et les autres réaliser des engins dont un, le satellite FR-l, peut supporter la comparaison avec les satellites scientifiques lancés par les Américains et les Soviétiques.
 
Une mise au point accélérée
   
C'est au début de l'été que la décision a été arrêtée de lancer la première fusée Diamant au mois de novembre. Auparavant les techniciens hésitaient à se prononcer sur la date à laquelle il serait possible de procéder à l'opération avec le maximum de chances de succès.
On sait que la mise au point de Diamant comportait des essais de la fusée Emeraude, qui devait être utilisée comme premier étage du futur lanceur de satellite, puis de la fusée Saphir, qui était constituée d'une fusée Emeraude et utilisait comme second étage l'engin qui devait lui-même servir de second étage à la fusée Diamant. Après les difficultés rencontrées lors des premiers tirs de l'Emeraude, l'opinion prévalait que Diamant ne pourrait sans doute pas devenir opérationnel avant l'année prochaine, et on songeait à substituer à l'Emeraude un propulseur à poudre.
Ensuite, on se reprit à espérer que la mise à feu du Diamant pourrait être effectuée avant la fin de l'année. Espoir que confirma le succès enregistré lors du premier lancement de la fusée Saphir et que n'infirma pas carrément la défaillance lors du second tir de cet engin.
Mais de là à affirmer que le Diamant pourrait certainement être tiré à une date fixée à l'avance et située de surcroît en novembre, il y avait un pas que les techniciens se gardaient bien de franchir. C'est qu'ils savent combien la mise au point d'une fusée constitue une opération délicate et qui souffre d'être menée avec précipitation.
Leur situation, aujourd'hui qu'ils se trouvent contraints de se préparer à tirer à date fixe, semble d'autant plus préoccupante que leur nouveau calendrier ne laisse plus le temps de préparer toutes les expériences préliminaires qui avaient été décidées. Après avoir procédé durant l'été au montage complet d'une maquette du Diamant, ils devaient procéder à l'automne à deux nouveaux tirs de la fusée Saphir. Maintenant, ils n'auront plus guère le temps que de procéder à un seul de ces tirs.
Les Américains, qui sont experts en la matière, l'affirment volontiers: imposer une date fixe pour le premier lancement d'une fusée et contraindre par-là même les techniciens à travailler dans la hâte et l'énervement, c'est risquer d'accroître dans des proportions sensibles la durée de l'entreprise. Car, outre l'expérience amassée lors de mise au point de tous leurs missiles et de leurs fusées spatiales, les Américains gardent présent à la mémoire un souvenir cuisant: en voulant à toute force, pour répondre aux lancements des premiers Spoutnik, accélérer le programme de mise au point de la fusée Vanguard, ils réussirent tout au plus à accumuler des échecs qui pesèrent lourdement, à l'époque, sur leur prestige.
 

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