Les stations CNES Iris et Diane opérationnelles à l'époque étaient situées au Liban, à Brétigny s Orge et à Ouagadougou.
La présence des journalistes sur le champ de tir fut entièrement interdite lors de la campagne du premier lancement de Diamant; par contre, 70 journalistes furent habilités à se rendre sur le terrain lors de celle du deuxième lancement emportant D1A et sa case équipements.
Nicolas Vichney dans "Le Monde" des 28-29 Novembre 1965
Le Général de Gaulle aurait dit au Ministre des Armées, Pierre Messmer, que la décision de lancer et le choix de la date étaient de sa responsabilité.
Ce paragraphe a été rédigé par JP Causse
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Les essais de compatibilité pointe D1-lanceur
La charge utile D1 (ou, dans le jargon des champs de tir, la "pointe D1") était donc composée de deux sous-ensembles: une case équipements, d'un poids de 22kg, et le satellite D1, d'un poids de 20kg environ.
Une fusée Rubis dite "opérationnelle" - la première à être commandée par le CNES - fut lancée le 5 Juin 1965 depuis Hammaguir, en vue de montrer le bon fonctionnement de la case équipements D1 et sa compatibilité avec le lanceur: composé des 2ème et 3ème étages de Diamant, l'engin emportait une case équipements D1 surmontée d'un modèle mécanique du satellite D1. Le vol d'essai fut un plein succès: tous les paramètres du vol furent enregistrés, toutes les liaisons radio (télémesure, répondeur radar) fonctionnèrent jusqu'à 1800 km de distance).
En Septembre 1965, nouveau lancement de Rubis équipé d'une case équipements D1 et d'un ensemble scientifique (Expérience Steinberg, Observatoire de Meudon) sous responsabilité de la Division Fusées-sondes du CNES : fonctionnement "nominal" de la case équipements D1.
Dans le courant de 1965, divers essais ont été réalisés à Saint-Médard en Jalles, où étaient rassemblés les moyens d'essai SEREB. En particulier, répétition de la chronologie du lancement et essai de la séquence d'éjection de prises électriques à commande pyrotechnique devant être éjectées dans les dernières secondes avant mise à feu du premier étage: l'hypothèse d'un lancement de la pointe D1 par Diamant était retenue.

26 Novembre 1965: Premier lancement Diamant emportant A1 Asterix
Les choix du Ministre des Armées

A la mi-65, le CNES pensait avoir rattrapé son handicap initial et être en mesure de voir la pointe D1 placée sur le premier Diamant dont le développement avait pris lui même un peu de retard. Le secrétaire d’Etat à la Recherche, tutelle du CNES, Yvon Bourges, accepta de défendre cette cause.
La réunion décisive eut lieu au Ministère des Armées le 19 juillet 1965, officiellement pour faire le point sur le développement du Diamant. Y. Bourges félicita les Armées pour le bon déroulement du programme qui permettait d’espérer un succès proche et plaida pour qu’on lance D1, beaucoup plus « avancé », alors qu’il jugeait A1 inférieur au Sputnik ! Il mit en garde contre les querelles de prestige, assura que de toute façon, le succès d’un lancement rejaillirait principalement sur la DMA et la SEREB et qualifia pour l’occasion D1 de « satellite de la Nation ».
P. Soufflet expliqua que A1 était plus fiable, J.-P. Causse rétorqua que ce n’était pas parce qu’il était plus lourd qu’il était plus fiable etc.
Rien n’y fit. P. Messmer reconnut bien volontiers la supériorité de la pointe D1 mais se cantonna à la position fermement défendue par la DMA suivant laquelle il ne fallait pas prendre le moindre risque ni introduire la moindre cause de perturbation lors d’un tel lancement. Il n’y avait aucune raison de ne pas s’en tenir au protocole qui, il le rappela, réglait aussi la question du prix à payer pour le CNES qui, bien entendu, ne voulait pas qu’on renégocie ce point. Seule concession : pour les tirs suivants, on se reverrait et, effectivement, on n’entendit plus jamais parler de lancer un second A1.
Le Ministère des Armées maintint l'ordre de tirer dès que possible, mais de maintenir un "secret rigoureux" sur les préparatifs du lancement.

Le lancement
C'est dans ces conditions que fut lancé le premier Diamant équipé de la capsule A1 Astérix (Fig. 2), depuis Hammaguir, le 26 Novembre 1965, à 15h47 (heure de Paris).
Le CNES (Centre de Brétigny) était chargé de centraliser les données en provenance de son réseau (en particulier, de la station mobile du Liban dont c'était la première opération) et du radar Aquitaine de Colomb-Béchar, - et de fournir le diagnostic de satellisation. Il était représenté sur le champ de tir par Marius Le Fèvre, qui avait le pouvoir d'arrêter la chronologie en cas d'indisponibilité des moyens ou des liaisons correspondantes. Un autre représentant du CNES, J-M. Bernard, Ingénieur de liaison Diamant, fut admis au lancement. Quant aux dirigeants du CNES et en particulier de la Division Satellites, ils furent quelques uns à être admis... dans leur propre Centre de calcul, à Brétigny, avec engagement de secret, sous le contrôle de la Gendarmerie de l’Air...

Les principales dispositions suivantes avaient été prises

 
  - sur le champ de tir d'Hammaguir les cinéthéodolites et les stations de réception de télémesure des différents étages du lanceur étaient armés; un récepteur de télémesure (252 MHz) et des enregistreurs étaient prêts à recevoir et enregistrer les signaux reçus de la capsule A1,
- à Colomb-Béchar (soit à 160 km environ de Hammaguir), la station de réception à 252 MHz équipée de la grande antenne Cyclope et le radar Aquitaine étaient armés. Ce dernier était prêt à fournir au service calcul d'orbite du CNES (Centre de Brétigny) par télétype les échos qu'il recevrait du 3ème étage du lanceur, en vue de faire un diagnostic de satellisation; il semble que la liaison entre ce radar et le champ de tir était indisponible,
- dans le Golfe de Gabès, au large de la Tunisie, l'escorteur GUEPRATTE était armé pour recevoir les signaux de la capsule A1,
- la station mobile du Liban et les stations des réseaux de poursuite DIANE et de télémesure IRIS du CNES étaient armés pour recevoir l'émission- balise de A1 sur 136 MHz.
 

Du champ de tir et de la station IRIS de Brétigny, on suivit le vol grâce aux équipements mis en oeuvre, jusqu'à H+279s, instant de mise en rotation de l'ensemble 2ème-3ème étage de Diamant : à ce moment en effet, la réception des émissions provenant de la capsule (sur 252 et à 136 MHz) cessa ; les stations aval (Guépratte et Liban), ne reçurent pas; au PC de tir, on n'avait plus aucune information sur le fonctionnement du lanceur, ni sur la réussite de l'injection.... et les minutes furent longues pour tous!

Le diagnostic de satellisation
Seule la poursuite radar (faite par le radar Aquitaine de Colomb-Béchar, grâce au répondeur de la capsule émettant sur une antenne située sur le corps de celle-ci (Fig.1& 2) a permis de suivre l'engin pendant la phase propulsée du 3ème étage, juste avant sa disparition sous l'horizon. La transmission (par télétype!) et l'exploitation des données de vol fut faite en un temps record pour l'époque: à H+16 minutes (H+960s), l'équipe du Centre de calcul du CNES de Brétigny - était en mesure d'annoncer les premiers paramètres d'orbite qui montraient que le lancement était réussi et le tir quasi-"nominal"!
Ce fut une première pour la "Division Mathématiques" dirigée par Bernard Lago, l'équipe "Calcul d'orbite" dirigée par Jean-Claude Blaive et tout particulièrement pour Michel Lefebvre chargé de développer le logiciel destiné à diagnostiquer la satellisation.
Les témoins racontent que le Général Aubinière, Directeur Général du CNES, présent dans la salle "calcul" avec seulement quelques personnes mises au secret, a transmis la nouvelle par téléphone au Ministre des Armées! L'information était confirmée quelque temps après par un appel téléphonique de l'ambassade américaine, puis par de nouvelles informations en provenance de Colomb-Béchar.
Pour les quelques spécialistes du CNES qui ont vu les télémesures s’arrêter brutalement, pas de doute : la capsule A1 a été endommagée à la mise en rotation du 3ème étage, la cause étant mécanique, même si elle n’a pas été détruite puisque son répondeur radar fonctionnait encore.
   
 
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