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La naissance du projet EOLE

Chargé en 1962 de diriger les premiers pas scientifiques et techniques du Centre National d'Etudes Spatiales, le professeur Jacques-Emile Blamont rapportait des Etats-Unis l'idée orpheline de Vincent Lally, rejetée par les responsables américains. 


La direction scientifique et technique du CNES en mars 1963.
De gauche à droite: Jacques Blamont, Jean-Pierre Causse, Pierre Morel,
Bernard Golonka, Jean Dinkespiller, Pierre Chiquet

Sous un nouveau nom tiré de la mythologie greco-latine, le projet EOLE était proposé au CNES comme une occasion providentielle d'entreprendre un programme spatial d'envergure mondiale et de prendre pied, d'entrée de jeu, dans le domaine prestigieux et politiquement sensible de la météorologie globale. 
Séduit par ces perspectives planétaires, le CNES lançait rapidement les études industrielles susceptibles de prouver la faisabilité technique du concept GHOST.  En quelques mois, les ingénieurs français montraient, avec beaucoup d'imagination et un peu de naïveté, la possibilité de réaliser un transpondeur aéroporté capable de communiquer avec un satellite en orbite basse et d'être localisé avec une précision acceptable n'importe où sur la Terre, sans dépasser la limite de 2 kilogrammes autorisée par l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale pour les équipements des radio sondes classiques utilisées de manière opérationnelle.

Fort de ces assurances de principe obtenues par sa Direction des Programmes, le CNES proposait à la NASA le projet EOLE comme thème du second programme de coopération spatiale entre les deux pays (faisant suite au satellite FR-1 consacré à l'étude des phénomènes ionosphériques). 
C'est ainsi que je me présentais en 1962 au Goddard Space Flight Center, à la tête d'une délégation technique du CNES, pour démontrer aux ingénieurs américains sceptiques "comment des techniciens français pourraient bien remplir avec un transpondeur EOLE de quatre livres les mêmes fonctions que le transpondeur IRLS (5 fois plus lourd) inventé au GSFC".  Cette démonstration fût convaincante, sans doute, puisque le projet EOLE devait être accepté sur le champ par la direction de la NASA. 
Avec le recul du temps et le bénéfice de l'expérience, on peut se faire une idée plus réaliste des motivations de l'agence spatiale américaine.  Mise en cause pour son choix exclusif des méthodes de remote sensing aux dépens d'autres possibilités techniques plus proche de la pratique météorologique, la NASA voyait dans le projet du CNES un moyen bon marché et sans risque de répondre aux critiques de nombreux météorologistes américains, et celles d'universitaires influents comme Jule Charney, qui demeuraient des partisans convaincus des mesures in situ de préférence aux "estimations" plus ou moins précises déduites de mesures radiométriques.


Le satellite Eole (vue d'artiste)

Quoi qu'il en soit, le projet EOLE était devenu une entreprise prioritaire du CNES, dans laquelle le prestige national était engagé.  Il s'agissait maintenant de le réaliser, alors que personne en France n'avait idée du comportement des ballons surpressurisés au cours de vols de longue durée. 
La décision de réaliser l'expérience dans l'hémisphère Sud minimisait la probabilité d'une collision aérienne mais apportait un facteur d'incertitude supplémentaire: très peu de chose était connu sur la circulation de l'atmosphère australe. 
Il était urgent d'explorer ces inconnues et, pour commencer, identifier un responsable scientifique: avec peu d'hésitation, le CNES me confiait cette responsabilité, sans doute parce que je venais d'être nommé professeur à l'Université de Paris et était disponible pour cette aventure.  Rien ne me qualifiait pour cette charge, si ce n'est une certaine familiarité avec les premières études des transpondeurs EOLE réalisées pendant mon premier (bref) séjour au CNES. 
J'ignorais tout de la physique de l'atmosphère, de la mécanique du vol aérostatique et de la technologie des ballons, pressurisés ou non.  Comme tout un chacun à l'époque, je n'avais de la météorologie qu'une idée tout à fait superficielle et peu respectueuse.  Bref, j'étais parfaitement dépourvu d'idées préconçues…