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Le 16 Août 1971, une fusée Scout de la NASA prenait son essor de la base de Wallops Island, dans la péninsule qui borde la baie de Chesapeake, et plaçait en orbite circulaire autour de la planète le satellite français EOLE de navigation et collecte de données.  Cet engin spatial relativement simple comportait un ensemble émetteur-récepteur à 400-440 Mégahertz pour établir une liaison aller-retour avec les ballons déployés dans l'hémisphère austral.  Le satellite interrogeait tous les transpondeurs séquentiellement, commandait la réponse des ballon visibles à un instant donné, et mesurait les paramètres de position de la nacelle (distance et vitesse radiale apparente) en même temps qu'il décodait et stockait en mémoire les données transmises.

Ce système fonctionnait sans faute jusqu'au 11 Septembre 1971.  Ce jour là, un opérateur de la station de télémesure des îles Canaries faisait une erreur dans la programmation d'un ordre de télécommande qui devait déclencher la lecture des mesures enregistrées dans la mémoire du satellite.  L'erreur fût immédiatement reconnue et la lecture des données réalisée par la transmission de l'ordre correct, mais le diagnostic de la télécommande erronée devait attendre plusieurs minutes: l'ordre envoyé par erreur était celui qui déclenchait l'autodestruction de tous les ballons en visibilité du satellite!  A cet instant précis, le satellite EOLE était encore en visibilité de la station des Canaries et un contre-ordre pouvait être envoyé, annulant la télécommande précédente.  Le second opérateur présent connaissait effectivement la procédure à suivre mais il n'était pas de service et, pour des raisons personnelles, ne parlait plus à son collègue.  Il ne dit rien et les deux agents laissèrent échapper la dernière chance d'arrêter le désastre avant que le satellite ne disparaisse sous l'horizon.  Pendant plusieurs heures, le satellite EOLE transmis fidèlement l'ordre de destruction, avant qu'une autre station du réseau de télémesure-télécommande soit en mesure de le reprogrammer.  L'ordre fût exécuté sans faute par plus de 100 ballons sur un total de 150 déployés à ce moment, réduisant à 380 la flottille de traceurs disponibles pour l'avancement des sciences atmosphériques.


Trajectoires de 3 ballons lancés de Lago Fagnano. La
première révolution est effectuée en onze jours.

L'accident interdisait de remplir complètement l’agenda scientifique du programme: plus jamais il ne sera possible de couvrir l'hémisphère Sud de 300 ballons libres flottant dans la stratosphère.  D'un autre côté, la qualité et la longévité des ballons EOLE dépassaient notre attente. 
Excluant les victimes de l'incident du 11 Septembre, la durée moyenne des vols fût de 103 jours, période au cours de laquelle tous les ballons effectuèrent de nombreuse circumnavigations de la Terre (typiquement un tour complet en 8 jours).  Du contingent originel, près d'un quart des ballons (soixante-six exactement) devaient flotter dans l'atmosphère pendant plus de six mois.  Quatorze d'entre eux volèrent pendant plus d'une année (Morel et Bandeen, 1973).

Héritage technique et résultats scientifiques de l'expérience EOLE

Longtemps avant l'achèvement du projet EOLE, nous savions que l'idée d'un système d'observation météorologique opérationnel fondé sur le concept GHOST n'était pas réalisable.  La sécurité de la navigation aérienne interdisait de lancer une multitude de ballons flottant à tous les niveaux de l'atmosphère dans les régions de trafic aérien intense, c'est-à-dire l'hémisphère Nord. 
Par ailleurs, les hydrométéores intenses qui se produisent constamment dans la partie active de l'atmosphère (entre le sol et le sommet de la troposphère) sont trop violents pour ces aérostats fragiles, limitant à quelques jours la durée de vie d'un ballon, même fortement pressurisé.  Ce type de véhicule convient seulement au régime plus calme de la stratosphère, à des altitudes comparables au plafond des avions commerciaux (12000 mètres) ou plus haut encore dans les latitudes tropicales.  C'est la direction dans laquelle s'engageait les planificateurs du GARP et Vincent Lally lui-même. 


Décembre 1971: Préparation d'une bouée dérivante du LMD à
Victoria (Canada) dans le labo de John Garrett.

Mais si le concept originel GHOST devait être abandonné, EOLE démontrait d'une manière spectaculaire le potentiel des systèmes de localisation et collecte de données appliqués à toutes sortes de plate formes porteuses d'instruments de mesure, notamment différents types de bouées océaniques ancrées ou dérivantes. 
Dès 1971 notre laboratoire, collaborant avec le Service de l'Environnement du Canada, déployait dans la Pacifique Nord-Est une dizaine de bouées équipées de transpondeurs hérités du projet EOLE.  Cet essai fût un échec: notre ignorance du milieu marin conduisit à plusieurs erreurs de conception, dont la moindre n'était pas d'avoir laissé nos partenaires canadiens mettre à l'eau nos prototypes dans l'une des régions du monde où l'état de la mer est le plus violent.  Nos fragiles électroniques, conçues pour le vol en ballon, ne fonctionnèrent en mer que quelques jours.