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La campagne de Terre Adélie (1966-1967)

Une aventure extrême de l'activité spatiale française

 

par Marius Lefèvre

chef de mission

 


reproduit du livre "L'Espace du rêve à la réalité",
avec l'autorisation de l' Auteur.


André Lebeau

Peu de temps après mon retour d'Islande, Bernard Golonka me parle d'un projet pour des lancements depuis l'Antarctique, dont l'initiative revient à André Lebeau, directeur du Groupe de Recherches Ionosphériques (GRI).
André Lebeau a participé à une expédition polaire française pendant un an et a noté que l'ionisation de la haute atmosphère par le rayonnement UV se trouve amplifiée au voisinage du maximum de l'activité magnétique.

Le but de ces expériences est d'expliquer ces anomalies de comportement de la haute atmosphère, plus exactement de la couche E (de 90 à 120 km d'altitude), qui apparaissent au midi magnétique. Le midi magnétique représente l'instant où le soleil passe dans le plan de la ligne de force idéale de la station.
Pour l'observation de ces phénomènes, la situation de la station Dumont d'Urville est particulièrement favorable. Pas moins de 4 lancements de Dragon sont programmés.


Bernard Golonka

Bernard Golonka m'invite à l'accompagner chez Paul-Émile Victor pour en étudier la faisabilité. Paul-Émile nous présente la base de Terre Adélie.
La campagne de tirs envisagée semble possible. Nous établissons une liste des points qui restent à approfondir et Paul-Émile explique qu'il souhaite avoir très rapidement un interlocuteur unique pour la préparation et pour le déroulement de la campagne de lancements.
Bernard Golonka répond aussitôt: «Ce sera Marius Le Fèvre ... bien entendu s'il est d'accord».
Dit de cette façon, je ne pouvais qu'accepter, tout en remerciant Bernard Golonka de sa confiance.
Tous les gros travaux doivent impérativement se faire, au plus tard, pendant la campagne d'été des Expéditions Polaires Françaises (EPF), c'est-à-dire entre décembre 1965 et mars 1966.
Christiane Gillet, chef du bureau technique des EPF, va étudier et nous faire des propositions, en particulier pour le hall d'assemblage des fusées, et les solutions qu'elle nous propose sont ce que nous pouvons espérer de mieux.
Au cours des réunions d'avancement que nous avons avec les EPF, je fais connaissance des deux directeurs adjoints, Jean Vaugelade et Gaston Rouillon, et du chef des opérations, Robert Guillard, 3 fortes personnalités ayant du caractère. Elles m'inspirent une grande confiance.

Je suis invité à aller passer une semaine en Terre Adélie, en décembre 1965, pour assister au déchargement du bateau et bien me rendre compte de tous les aspects particuliers de la vie en Antarctique. Engagé dans la préparation et le déroulement des 2 premiers lancements Diamant, il ne m'est pas possible de faire ce voyage et je demande à Robert Haize d'assurer cette mission.
Haize, mon ancien chef de service à Colomb-Béchar, retraité de l'Armée, a été recruté par Sud-Aviation pour diriger l'équipe chargée des lancements de leurs fusées-sondes. C'est un homme organisé, méticuleux et de bonne compagnie. Il accepte de faire la campagne en Terre Adélie avec moi.
Je constitue mon équipe à partir de celles qui m'ont suivies en Islande, en Norvège et à Colomb-Béchar. Tous ceux à qui je fais une proposition acceptent. Ils subissent alors un examen médical complet de 2 jours au Val de Grâce en juin 1966. Robert Haize est le seul recalé à cet examen et est remplacé aussitôt par un jeune ingénieur, Gérard Lavagne, que j'avais apprécié lors des campagnes de Norvège.
Autour de Lavagne, l'équipe de Sud-Aviation comprend de remarquables techniciens avec Georges Ambergny, J.-P. Lambert, L. Belloncle, J. Delavigne, V. Assouan et H. Ogrodnick, une équipe à la fois solide sur le plan technique et agréable à vivre.
Georges Ambergny est le leader. Il est très sûr, très expérimenté et très consciencieux, et il a un caractère bien trempé. Mais c'est aussi le titi parisien qui a un don pour raconter des histoires drôles ou pour résumer de façon très imagée une situation complexe.
J'ai toujours regretté de ne pas avoir enregistré ses interventions qui valaient largement les dialogues d'Audiard.

Le 26 août 1966, une répétition générale est organisée sur le Centre du CNES de Brétigny. Une fusée Dragon est montée sur la rampe qui est érigée en position de tir!
Pour la première fois, le Centre spatial de Brétigny dispose ainsi de son pas de tir et devient, en quelque sorte, une base de lancement. .. potentielle.
Tout le matériel ainsi regroupé et vérifié peut partir pour Le Havre où il doit être embarqué sur le petit brise-glace danois, le Thala Dan. Après quoi, j'ai le temps de repartir pour la Norvège pour effectuer la deuxième campagne de lancements.
Dans la foulée de cette campagne de Norvège, je rentre en France pour participer à la célébration du départ de la 17e expédition polaire française pour l'Antarctique. Cela se passe dans les locaux parisiens des EPF, avenue du Maréchal Fayolle dans le 16e arrondissement!
De l'extérieur, le bâtiment ne paye pas de mine mais les sous-sols sont de véritables blockhaus construits par les Allemands lors de la dernière guerre, et qui permettent aux EPF de disposer d'énormes ateliers pour assurer les réparations des engins chenillés, les fameux Wesel.