Accueil | Tous les Documents
Sommaire
page gauche
page droite
page précédente

fu0902
  page 02

 



Paul-Emile Victor

À cette occasion, Paul-Émile Victor nous fait un discours brillant dans lequel il rappelle la chance que nous avons de participer à une telle aventure. Il invite chacun d'entre nous à surmonter les moments difficiles qui ne manqueront pas de survenir et à résister à la nostalgie que nous serons susceptibles de connaître, pour chercher avant tout à vivre au maximum les moments présents de cette expédition. «L'aventure est avant tout au fond de nos cœurs», nous précise Paul-Émile Victor, qui nous rappelle rapidement l'histoire de la Terre Adélie ..
L'histoire de cette terre est très récente. Le roi Louis-Philippe accepte le principe d'une expédition polaire et en confie le commandement à Jules Sébastien César Dumont d'Urville qui quitte le port de Toulon en 1837 avec deux navires: L'Astrolabe et La Zélée.
Le 26 janvier 1840, il débarque en Antarctique sur une terre inconnue à laquelle il donne le prénom de sa femme, Adèle. La France réaffirme sa souveraineté sur la Terre Adélie en 1924.
En 1946, 3 jeunes alpinistes, Jacques-André Martin, Robert Pommier et Yves Vallette, vont à skis du Spitsberg au Groenland. Au retour de leur expédition, ils s'arrêtent en Norvège et lisent un article contestant les droits de la France sur la Terre Adélie. Ils font appel à Paul-Émile Victor, dont la notoriété est déjà grande, pour soutenir l'idée d'une base permanente en Terre Adélie afin de rappeler la souveraineté de la France sur ce territoire.
C'est grâce à son intervention, qui conduisit à la création des Expéditions Polaires Françaises - Missions Paul-Émile Victor, que la première expédition en Terre Adélie est décidée. Elle est confiée à André-Frank Liotard.
Les premières expéditions vont connaître bien des difficultés et, en 1953, la base française est fermée faute de crédits.


Ile des Pétrels

Il faudra attendre 1956 pour la reprise des expéditions. Le 1er janvier de cette année-là, le brise-glace Norsel débarque, en 4 rotations, près de 2000 tonnes de matériel sur l'île des Pétrels, dans le but de construire une nouvelle base, baptisée Dumont d'Urville, prévue d'être utilisée pour la durée de la 3e année géophysique internationale.
Cette période se situe entre 1957 et 1959 et aboutira, le 1er décembre 1959, au traité de l'Antarctique. Celui-ci règle les questions de souveraineté en Antarctique et définit le mode de gestion de ce continent.
Le 4 juillet 1958, le gouvernement français reconnaît l'intérêt d'organiser, de façon continue, des expéditions polaires en Terre Adélie et décide, en 1959, d'y poursuivre les activités de recherche scientifique. Il ne s'agit plus de préparer des missions ponctuelles, mais de réfléchir à une présence permanente. Les expéditions vont alors se succéder et la nôtre, en 1966, sera la 17e.


Francois Coppee

Pour cette expédition, l'équipe du CNES est composée de Pierre Simon, Alex Sauvage, Roger Barrangou, C. Paul, Gérard Mariet, François Coppée, C. Tockert et Claude Salmon et est renforcée par Yves Martin, un agent de la Sodeteg, lui aussi un professionnel animé d'un solide esprit d'équipe.
Alex Sauvage veille à l'embarquement de tout notre matériel sur le bateau danois, le Thala Dan qui appareille du Havre le 14 octobre. Seuls les charges utiles et quelques équipements de télémesure seront transportés en Tasmanie par avion.


Simon Pierre

Peu de temps après avoir pris la mer, le commandant du navire signale aux expéditions polaires qu'il essuie une très grosse tempête au large de Brest et que la rampe qui se trouve sur le pont est sérieusement secouée!
Il me reste encore quelques jours pour profiter de ma petite famille, faire mes valises et prendre l'avion pour l'Australie, plus exactement Hobart en Tasmanie.

À Tahiti, où je fais escale avec quelques-uns de mes collègues, nous sommes attendus par toute une délégation locale. Paul-Émile Victor avait chargé quelques amis de bien nous accueillir et, le lendemain, la photo de notre équipe, avec nos colliers de fleurs, est en première page du journal local.


Roger Barrangou

À Hobart, nous restons quelques jours pour vérifier l'état de notre chargement parti du Havre et pour embarquer les charges utiles et les derniers matériels arrivés par avion.
L'équipe Matra est au complet avec B. Marx, M. Le Gallic, J.-C Boisnard, A. Allard et A. Ibarrard, tous des anciens des campagnes d'Islande et de Norvège.
Jean-Jacques Berthelier, le responsable scientifique, est assisté par deux autres scientifiques du Groupe de Recherches Ionosphériques, R. Godard et G. Gogly, avec lesquels nous étions en Norvège, et par un scientifique américain Katsufrakis.


Christian Tockert

Nous sommes accueillis pendant les quelques jours que nous passons dans cette ville de Tasmanie par une association amicale qui se met en quatre pour nous permettre de découvrir cette magnifique région. Je ne me souviens pas avoir été reçu avec autant de gentillesse et d'enthousiasme.
J'ai compris qu'il en était de même à chaque fois que les Expéditions Polaires Françaises et Paul-Émile Victor faisaient escale ici avant de s'embarquer pour la Terre Adélie.
Nous prenons place sur le bateau affrété par Paul-Émile Victor, le Thala Dan, et quittons Hobart le 6 décembre.


Claude Salmon

Le voyage de Hobart en Terre Adélie n'est pas une croisière. La mer est agitée pratiquement en permanence et, comme le navire a une coque arrondie pour éviter de se faire prendre par les glaces, le bateau a une fâcheuse tendance à rouler de bâbord à tribord de façon exagérée.
Avec le capitaine danois Gommersen, d'un naturel glacial et réservé, le brise-glace semble être en de bonnes mains. À plusieurs reprises, le bateau semble se trouver complètement bloqué par les glaces. Tout autour ce n'est qu'un épais pack de glace avec des morceaux d'icebergs qui jaillissent de cet horizon. Le bateau s'arrête quelque temps. Nous pensons qu'il n'est pas possible d'aller plus loin. Puis le bateau se met en marche, le capitaine a dû repérer les lignes de fractures possibles que nous-mêmes n'arrivons pas à déceler.
Arriver à faire son chemin n'est pas toujours simple. Le brise-glace doit par moments forcer son passage en faisant des séries de marches arrière puis de marches avant. Le suspense se poursuit tout le long du parcours final. Puis, le pack disparaît, la mer devient dégagée, seuls des icebergs plus ou moins impressionnants dérivent autour de nous, au gré des courants.
Pendant la traversée qui va durer une bonne semaine, tous les membres de la 17e expédition polaire vont faire connaissance en participant à «l'Université Paul-Émile Victor».
Les principaux responsables sont tenus d'expliquer, au cours de présentations qui ont lieu chaque matin et chaque après-midi dans la salle à manger, les raisons de leur venue en Antarctique et la façon dont ils comptent travailler.