Qui peut m'aider à retrouver la raison pour laquelle Pierre Sabbagh s'est fait virer du champ de tir ?

Ca doit être bien connu dans le milieu journalistique de l'époque !
J'aime bien le "coup" du rouge tournant pour ce faire entendre par la hiérarchie, ...surtout 5 jours avant le lancement du 1e satellite français.

Tout de même... la bouffe c'est important !
43 ans après la nouvelle est tombée, le CNES n'a été ni le premier, ni le seul à établir le diagnostic de satellisation.


Dur, dur...
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lafca02
 
 
 

Le programme Diamant 1 :  
   
Au programme de base furent ajoutés :
- à la demande de la SEREB, un calcul de correction d’allumage du 3ème étage, + ou - Delta Tau, visualisé par tubes afficheurs Nixies, et un hodographe VH/VZ sur table traçante en salle sauvegarde,
- une sortie télétype des éléments de contact issus du KH à destination du CNES/Brétigny via une liaison radio BLU, seul moyen de transmission à l’époque pouvant franchir les 2000 Kms, et à 110 bauds…
Philippe Pancrazi au pupitre du KH
 
Le test de cette liaison sera inclus dans la chronologie de lancement et entraînera un rouge calcul donc l’arrêt du décompte en cas de mauvais fonctionnement, ce qui arriva à l’occasion d’un VE231, (date à préciser si quelqu’un de Brétigny s’en souvient) pour cet essai les paramètres vitesses sortis du KH étaient à zéro, le stand-by dura environ deux heures au cours desquelles nous avons vérifié intégralement les listings du programme, finalement l’origine de la panne fut localisée dans le KH, multiplication en double longueur, et après remplacement d’une bascule, à l’époque dite rapide…, le tir eut lieu tard dans la nuit.

  Le programme Diamant 2 :
 
Entièrement nouveau, ce programme permettait de calculer, à partir des éléments de contact du lissage 2 enregistrés en phase d’injection ou orbitale, les paramètres de l’orbite atteinte et le point de réapparition du satellite afin de désignation des moyens de poursuite dont le radar Aquitaine et l’antenne Cyclope. La méthode de calcul était basée sur une intégration de Runge-Kutta.

Préparation et lancement Diamant1 du 26 novembre 1965 :
A partir du début de l’année 1965 la cadence des lancements à Hammaguir s’est accélérée, et nous a donné de plus en plus de travail, y compris les week-end. Les heures supplémentaires, récupérables en congés, se sont accumulées, mais nous étions motivés et la tâche était très intéressante.
Début avril, avec P.Co. Ingénieur software IBM, nous avons démarré le programme Diamant 1 et effectué de nombreux tests au cours de petits essais, sans omettre d’aller parfois se détendre à Béni Abbès le week-end. Le 17 avril nous apprenons avec tristesse que notre IMA1 P.Ca., très apprécié de tous et à l’origine de mon passage dans l’équipe calcul, nous quitte et rentre en France pour raisons de santé.
 
C’est la saison des pluies, nos déplacements entre Béchar et Hammaguir sont perturbés par les crues du Guir qui nous obligent parfois à nous déplacer en avion, et les choses sérieuses vont commencer dès le mois de Mai.
De Mai à Juillet VE111, VE121, et VE231 vont s’enchaîner, nous profitons de tous les lancements pour améliorer les programmes, dont Diamant 1 dès la mi-juin toujours avec P.Co. Ingénieur IBM.
Début septembre c’est la rentrée après les congés d’été, et nous effectuons la vérification des matériels et des programmes puis nous apprenons que le premier satellite Diamant sera lancé avant les élections.
Fin septembre, un Rubis sera tiré tard dans la nuit après un arrêt chrono à H-2sec, ombilical non décroché, terminé avec succès à 3h00 du matin.
Hodographe Diamant
 

Le 9 octobre tir du 231P N°3, et le 11, réception de la première bande nominale Diamant mal enregistrée qu’il fallut refaire.
Le 12 octobre, le CNES lance une Vesta, vol habité par un singe amateur de pates de fruits durant la première partie du vol, et au cours de la 2e Vesta ce fut à la descente que le passager montra sa gourmandise, c’est ce qui nous a été raconté de ces vols.
Le 19 octobre côté calcul, le programme Diamant pratiquement au point, j’ai pu extorquer une mini semaine de congés en métropole du 22 au 27. Il a plu énormément ce jour là et en quittant le PCCT je me suis trouvé devant un mur d’eau en franchissant un radier à 80Km/h. ! La 2CV a hoqueté 2 ou 3 fois puis est repartie, gaillarde comme avant.
Le 22, je quitte Béchar pour Istres, et le 27 octobre, retour en avion, Le Bourget/Béchar/Hammaguir sans souffler, pour une manip avec le satellite américain ECHO II l’après-midi, puis dès le 28 révision du programme Diamant 1. Dans la foulée je dois étudier le programme Diamant 2 que P. Co a réalisé en métropole et qu’il faut maintenant valider.
Le dimanche 31 octobre, il est encore tombé beaucoup d’eau, jusqu’à 25 cm sur le plateau, il y a même eu du brouillard la veille, ainsi qu’un petit incident avec le Capitaine X "responsable" de l’équipe temps.
A cause de la pluie les amis de l’horloge avaient prudemment arrêté le matériel avant de descendre à Béchar, puis ils m’avaient demandé de la remettre en route, mais le Capitaine X m’avait fait interdire l’entrée de la salle Horloge par le gendarme de service.
L’histoire a occupé du monde toute la matinée et le contre-ordre est arrivé assez vite, parapluie, parapluie…
Cet après-midi là, j’ai fait un petit dépannage à la Télémesure, entraide, entraide ...
Le 2 novembre le général Hautière est venu faire un tour en salle calcul. La fièvre monte un peu partout, le calculateur et ses périphériques ont des pannes. Avec E.Bo., l’ingénieur hardware IBM permanent à Hammaguir, nous effectuons une révision générale de la “bête”.
Les bandes de simulation arrivent le 11 novembre, elles permettent de s’apercevoir que tout n’est pas parfait et qu’il subsiste quelques erreurs dans le programme.
Le 12 novembre nous travaillons toute la journée avec la SEREB sur les modifications du programme Diamant 1. C’est aussi ce jour là que nous est annoncée la venue de Pierre Sabbagh et d’une équipe de l’ORTF afin d’enregistrer de départ de la fusée.
Dès le mercredi 17 “manips”, essais et vérifications générales se succèdent, sera-t-on prêts lundi… ?
Nous apprenons que Sabbagh et son équipe sont arrivés, l’émission devrait passer aux actualités le jour du lancement, les élections sont proches...
Le vendredi 19, j’ai l’occasion de discuter avec Sabbagh et “sa pipe”, il m’explique toutes les phases du reportage, il est vraiment sympa. Le tir est prévu mardi ce qui nous laisse un jour de répit pour tout mettre au point.

 
Le samedi 20 à midi, au mess, il y avait des tripes au menu, mais rien de prévu en remplacement et le Cahier de réclamations était chez le Capitaine qui dirigeait le mess-hôtel.
Affamé et contrarié je suis allé le voir à son bureau où il m’a très mal reçu et j’ai appris dans la soirée qu’avec le Commandant de la base d’ Hammaguir ils avaient demandé mon exclusion du champ de tir.
Le dimanche, 21 en pleine chronologie Diamant, l’incident des tripes de la veille occupe les Chefs une bonne partie de la matinée, tandis que les différents moyens passent au rouge à tour de rôle, donc arrêt chrono, en attendant le dénouement qui nous sera favorable car à partir de cette date nous avons pu demander le remplacement de certains plats s’ils n’étaient pas à notre goût.
Mais sans liaison avec les tripes, le tir est retardé et nous apprenons que P. Sabbagh & Co ont remballé leur matériel sur ordre de “Très Haut…”, une indiscrétion aurait paraît-il été commise… ?
 
Table traçante Z-DH
 
Le mercredi 24, c’est certain, c’est pour cette semaine, côté calcul après quelques petits ennuis nous sommes presque parés, mais nous passons le temps à vérifier, et re-vérifier .
Le 26 novembre, levés vers 3h30 pour le jour J, l’heure H0 est plusieurs fois retardée puis arrêtée à H-15 minutes en fin de matinée avec un H0 fixé à 14h30, le temps est superbe, le ciel sans un nuage.
 
Après un léger suspense le décollage a lieu et toutes les séquences prévues s’enchaînent au KH sans problème, jusqu’à la fin de propulsion du 3e étage où l’hodographe en salle sauvegarde affiche les 8000m/sec nécessaires à la satellisation.
Le succès était donc acquis, restait à le confirmer avec le programme Diamant 2. La correction d’allumage du 3e étage, Delta Tau, n’a pas été utilisée car les données fournies par le KH étaient pratiquement nominales.
Les éléments de contact, calculés et enregistrés au KH, étaient simultanément transmis en temps réel par télétype / BLU vers Brétigny, et ont alors permis au CNES de faire le diagnostic et d’annoncer en premier le succès de l’opération au Ministre comme relaté dans le compte-rendu de M. Lefèbvre.
Diamant 1 le 26 novembre 1965
     
Le tir terminé nous sommes passés en configuration Diamant 2 et il a fallu choisir un élément de contact dans une zone pas trop bruitée de la trajectoire après extinction du 3e étage. Les éléments donnaient une satellisation pas tout à fait nominale, apogée plus basse que prévue, mais le KH a pu calculer le point de rendez-vous pour le radar Aquitaine, et nous avons accroché A1 au 2e et 3e passage, ce qui nous a amenés jusqu’à 20h00 environ.
Ensuite la SEREB a offert le champagne, puis cinéma pour se détendre et enfin une bonne nuit, la journée avait été longue.
  Le capitaine Robert, officier de tir
Deux jours après nous savions que le lancement de D1, Diapason, était prévu en janvier 1966, à suivre...

Conclusion.
Le succès de la satellisation d’A1 était acquis en temps réel dès la fin de propulsion du 3e étage au vu des courbes sur TT issues du KH à partir des données du radar Aquitaine qui ont montré une trajectoire nominale et un hodographe Vitesse Horizontale, Vitesse Verticale visées atteintes, mais la chaîne d’information du Ministre ne passait pas par nous. Ce succès a été confirmé dès la ré-acquisition au 2e passage.
Nous fûmes donc, en temps réel, les premiers informés du succès de Diamant 1 et de la satellisation de A1 dès H0+ 8 minutes et quelques secondes.

Je terminerai en rappelant les conditions de travail au CIEES.
Il nous arrivait de faire beaucoup plus d’heures que les 45 heures légales y compris les week-end et jours fériés car notre travail était rythmé par les campagnes de tirs et d’essais, par l’arrivée des missionnaires, et j’ai noté jusqu’à 68 heures supplémentaires pour une semaine.
Il y avait les transports en 2CV qui se traînaient à 60Km/h par vent debout, le vent de sable sur l’Hamada du Guir bien nommé plateau du vent…, la chaleur du désert, les crues du Guir qui coupaient la route à Abadla, les transports par avion militaires DC3, Dakota, Nord 2501 et autres, aussi bien entre Béchar et Hammaguir que vers Istres ou Le Bourget en DC6 du GLAM, car la Caravelle d’Air France ou la présidentielle n’étaient pas toujours disponible ou parfois réservées aux visiteurs, les loisirs très peu variés mais les parties de bridge acharnées, la nourriture des mess, les logements, etc …
Mais c’était aussi une aventure et je crois que pour beaucoup de ceux qui l’ont vécue elle fut formidable.
A tous ceux qui ont connu comme moi cette épopée, et dont je ne donne que les initiales, liste non exhaustive, avec une pensée vers ceux qui nous ont quitté, et mille excuses aux oubliés,
A De, A Du, A Ma, C Au, D P-Ma, E Bo, F Ch, J Ba, J Ca, J-C Vi, J Pr, M He, M La, M Tr, P Ca, P Co, x Re,… etc …
 
 
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