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"Les débuts de la recherche spatiale française, au temps des fusées-sondes", préface, pp. 14-15
"Les débuts de la recherche spatiale française, au temps des fusées-sondes", avant-propos de la « troisième partie », p.188.
* Cet entretien thématique a été réalisé avec la collaboration de l’Institut Français d’Histoire de l’Espace (IFHE).
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Frédéric D'Allest

Interview par David Redon
le 19 novembre 2002 (Transcription révisée)


Dans le cadre de l’Extension du Projet Histoire de l’Agence spatiale européenne, Frédéric d’Allest a accordé à David Redon un entretien sur son activité professionnelle au sein du monde spatial et notamment sur son rôle de Directeur général du Centre national d’Etudes spatiales (1976- 1982).
Reproduit avec l'accord de Frédéric D'Allest Sillard et celui de David Redon

DAVID REDON : Biographie / formation :

FRÉDÉRIC D’ALLEST : Je suis né à Marseille il y a soixante-deux ans, en 1940, d'une famille de sept enfants. Mon ascendance familiale était dans le domaine de la banque, de la construction navale, des usines de savonnerie… les activités traditionnelles marseillaises.
J'ai suivi une formation scientifique d'ingénieur. Je suis entré à l'École Polytechnique en 1961. C'était quatre ans après le lancement du premier Spoutnik, en 1957. Au moment où le Centre national d’Etudes spatiales (CNES) allait se créer, puisque la France avait bien compris les enjeux stratégiques de l'Espace.


Robert Aubinière

J'ai eu la chance d'avoir ce que nous appelions à l'École Polytechnique des « amphi-retapes », c'est-à-dire, en l'occurrence, les dirigeants fondateurs du CNES, le général Aubinière, qui était le premier directeur général du CNES, et le professeur Jacques Émile Blamont, haut conseiller scientifique, qui étaient – au sens opérationnel du CNES, non pas au plan politique – les deux fondateurs du CNES, qui ont vraiment lancé toute la phase de construction du CNES.


Jacques Emile Blamont

Ils sont venus faire un « amphi-retape » à l'École Polytechnique, puisqu'il s'agissait à ce moment-là de commencer à former, à recruter les principaux cadres du CNES. J'ai donc eu cette chance et j'ai été séduit à la fois par l'enthousiasme et la qualité des exposés ainsi que leurs conditions.
Et puis c'était l'époque du démarrage de l'aventure spatiale : le Spoutnik, Youri Gagarine, le premier homme dans l'Espace, et déjà le lancement du grand programme Apollo.
J'ai donc choisi, à l'issue de l'École Polytechnique, dans le cadre d'un accord que le CNES a passé avec la Délégation générale pour l'Armement (DGA) de l'époque, un contrat où j'ai décidé d'entrer au CNES, mais après une formation complémentaire où je suis allé, deux ans, faire une formation d'ingénieur de l'École supérieure d'Aéronautique et de l'Espace ; mais déjà avec le contrat d'engagement réciproque d'entrer au CNES à la sortie de Supaéro.

Débuts au CNES, Diamant B

Après mes obligations militaires et ces études, je me suis retrouvé, en septembre 1966, à venir au CNES.
À l'époque, cela s'appelait « l'Abbé Pierre » : c'étaient des baraquements au bord de la piste du Centre d'essais en vol (CEV) de Brétigny, où Charles Bigot, patron de la toute nouvelle division des lanceurs, m'a donc recruté, ainsi que quelques camarades, pour travailler sur le premier programme de lanceurs de satellites qu'a connu le CNES qui était le programme Diamant B (puisque avant ça c’étaient les Armées qui le faisaient directement).


Décembre 1968: La revue de projet "Diamant B"

Je suis donc, tout de suite (Charles Bigot a eu une très bonne idée) non pas passé des bancs de l'école à une activité de maîtrise d'ouvrage, mais il m'a envoyé en stage six à sept mois au LRBA, le Laboratoire de Recherche balistique et aérodynamique de Vernon. Lequel a ensuite été repris par la Société européenne de Propulsion (SEP), puis repris par la SNECMA. C’était donc le cœur de la propulsion liquide en France – et il l’est toujours…– et en Europe, la propulsion liquide pour les fusées.
J'ai donc eu, dans le cadre de ce stage, la responsabilité, qui était surtout formatrice pour moi et en même temps utile au projet, de faire les dossiers de synthèse sur les études du dimensionnement et de la propulsion du premier étage de Diamant B, étage qui s'appelait le L17.
À la suite de cela, j'ai participé à toute l'aventure Diamant B, qui s'est concrétisée par le premier lancement de Diamant B au CSG (Centre spatial guyanais), en Guyane, en mars 1970.
C'était une époque où, avec très peu de moyens, le CNES a réussi (à partir des travaux qui avaient été faits par le ministère des Armées sur la version Diamant A, plus petite et plus légère, et lancée depuis Hammaguir, dans le Sahara) à développer un lanceur déjà plus… (inaudible) destiné à des satellites scientifiques et à des missions pour d’importants scientifiques français.


Mars 1970: Lancement de Diamant B

Ce premier lancement Diamant B a été pour moi, et pour beaucoup de gens au CNES et au CSG… (inaudible). J'en ai un souvenir très fort puisque ça a été, après les fusées sondes qui avaient inauguré la base spatiale de Kourou, le premier lancement de satellite qui a été fait depuis Kourou, en mars 1970.
À l'issue de ce lancement, je fus personnellement attiré par la coopération européenne ; je me rendais bien compte que ce n'était qu'une première étape, modeste, puisqu'il faut bien se souvenir que lorsque nous avons lancé Diamant B, l'Homme avait débarqué sur la Lune, en 1969 ; le Diamant B était vraiment une très modeste réalisation au vu des États-Unis et de la Russie.
Si nous voulions – ce qui était notre ambition – arriver, en France et en Europe, à avoir l'accès à l'Espace par une capacité de lancement compétitive en performance, en qualité, en prix, il fallait des investissements considérables, puisque les lanceurs représentent un investissement très lourd, que ce soit pour la construction du lanceur, que ce soit pour la base spatiale de Kourou…
J'étais donc convaincu ( j'étais encore très jeune à l'époque, j'avais tout juste trente ans ) que la voie était la coopération européenne.