Georges Aubert
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5 - Relégués en Armagnac



A notre retour de Kerguelen nous avions dû nous réunir, rapidement, avec les instances de la navigation aérienne civile et militaire afin de déterminer la région où nous pourrions trouver un site de lâchers.
Aux yeux des responsables de la navigation aérienne nous ne pouvions plus poursuivre notre activité opérationnelle à Trappes car nous étions bien trop encombrants dans le ciel parisien, même si nos ballons ne faisaient (en principe) que pénétrer brièvement et passer furtivement dans les couloirs aériens.Après analyse de la situation, la décision était tombée: l'espace aérien en Île de France nous était désormais interdit, la cohabitation avec celui du sud-ouest devait être viable.


Lâcher imminent sur la base d'Aire sur l'Adour en 1963: le ballon auxiliaire
est gonflé, le ballon porteur l'est presque et à sa droite le camion avitailleur
d'hydrogène. Un peu plus à droite le shelter et ses antennes ainsi que le
baraquement. De face le hangar et le garage des planeurs.

Tous citadins, nous sommes partis pour l'exil rural (la relégation!) et nous avons, ainsi, anticipé l'exode de la décentralisation; mais c'était pour la bonne cause: celle de développer l'activité des ballons en Métropole.
A nous donc le pays gascon où nous ne pouvions arriver qu'à quatre. Le quatrième mousquetaire qui nous avait rejoints, à Paris, à notre retour de notre campagne en hémisphère sud, était Bernard Bellot; ingénieur responsable, qui allait poursuivre la mise en place de toute l'activité opérationnelle dans notre nouvelle région d'adoption.
Nous avons ainsi débarqué à Aire sur l'Adour avec notre voiture break, quelques cartons de ballons, un élément d'antenne Yagi et sa lyre d'orientation, un récepteur TM, un discriminateur, un enregistreur magnétique et …notre détermination.

Notre mission avait donc évolué, intégralement, vers une activité de services et à ce titre nous devions accepter ces nouvelles obligations lesquelles, par voie de conséquence, nous amenaient à plus d'engagements et pour y faire face à accroître nos moyens humains et à développer de nouveaux matériels.
Dans le courant de l'année 1963 nous avons commencé à recruter, localement, du personnel, choisi au vu des qualités apparentes et propres à chacun et selon un critère très apprécié: celui de posséder le permis poids lourds.
La "formation" s'est faite sur le tas et l'apprentissage fut rapide. Devenus très vite de vrais techniciens autonomes et polyvalents, leurs aptitudes leur permettaient de s'intéresser et de toucher à tout. Ils allaient, au fil du temps, impulser de leur propre initiative des idées pour améliorer une procédure, gagner du temps pendant les "chronos", fiabiliser les contrôles, apporter un confort relatif dans l'accomplissement de certaines tâches.
Au terme de l'année, le petit groupe comptait déjà sept personnes. La charge globale de travail, dans tous nos "secteurs d'activité", était telle que, pendant les trois années qui suivirent, nous évoluâmes dans une ambiance au parfum de"stakhanovisme"– il est vrai que nous étions les "ballonniers de l'Adour"-, mêlé d'un bouquet de bonne humeur. Nous avons dû ainsi mettre en place des prestations et occupations inédites, définir des nouvelles procédures opérationnelles, assurer la sécurité en vol, concevoir et réaliser (régionalement si possible) des équipements adaptés. Pour ces derniers, et avant de trouver la société intéressée, nous fabriquions tous les équipements électroniques embarqués ainsi que les batteries de piles au laboratoire du Service d'Aéronomie.
Ainsi, en maîtrisant la conception de nos équipements, nous y apportions rapidement des améliorations et, en les réalisant, ceux-ci nous revenaient à des coûts bas.
Aux périodes d'activité opérationnelle nous nous rendions, alors, sur le site d'Aire sur l'Adour; en conséquence, nous avons fait la navette pendant près de deux années: vous avez, précédemment, dit servitude…

La seule richesse matérielle que nous avions à notre arrivée à Aire sur l'Adour était bel et bien notre station de télémesure et son shelter de retour de l'hémisphère sud après un long parcours maritime. Nous étions satisfaits de retrouver notre "maison de campagne", mais avant de reprendre toute activité, nous avions dû faire une première démarche: celle de solliciter une bande de fréquences pour notre télémesure.


La station mobile ! Barnum circus

Dès que nous avions reçu notre allocation de fréquence nous avions entrepris de faire réaliser un nouveau lot d'antennes de type Yagi.
D'autre part, comme nous recherchions (et nous le ferons durant toute nos années d'activité professionnelle à ballons) à améliorer le bilan de la liaison TM, nous avions récupéré une ancienne antenne de poursuite d'engins auprès des Armées, antenne qui allait être montée sur une remorque ainsi qu'une cabine destinée à abriter les équipements de TM.
Cet attelage ("Barnum circus") devait préfigurer la formule opérationnelle de la station mobile; nous envisagions, déjà, d'effectuer des vols ailleurs qu'à Aire sur l'Adour.
Cette antenne (hélicoïdale – à polarisation circulaire) ne connût pas un franc succès (son gain n'était pas bien meilleur que celui obtenu avec notre montage, en nappes, d'antennes YAGI) et sa grande taille nous posait quelques difficultés lors du montage et des pointages en présence de vent; nous allions l'oublier assez vite.
Nous avions repris nos habitudes dans notre shelter en suivant les premiers vols scientifiques en Métropole, toutefois nous y avons vécu à l'étroit pendant près de deux années, car le nombre, la taille et la complexité des expériences allaient croissant.
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