Jean-Claude Llaurens
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6 – ….en attendant le CNES

 

Au tournant des années 1965-66, notre charge de travail dans la section électronique augmentait de manière tellement importante que nous nous sentions progressivement assaillis: nous ne connaissions pas de temps morts, mais que des temps forts, toujours enthousiasmés par la conception de nouveaux équipements. Toutefois nous passions trop de temps en étude au détriment de l'opérationnel (il fallait aussi préparer l'intégration des expériences et participer au suivi de près de cent vols /an) et nous avions dû, alors, envisager la sous-traitance.

Dans le domaine des développements nous avions donc engagé une étude, auprès d'un industriel (CSEE), d'un équipement complet de télécommande (deux ordres) et sa mise au point nous posait quelques problèmes techniques de cohabitation, à bord, avec l'émission de la télémesure: en attendant mieux, nous avions retenu la solution du pis aller en éloignant au maximum les deux équipements dans la chaîne de vol.

 

Turlututu... le chapeau pointu servait à protéger les instruments scientifiques et autres équipements fragiles des "postillons" métalliques (acier ou plomb) que lâchait le dispositif de délestage. Un peu plus tard un tuyau plastique avec une courbure maintenue écartée de la chaîne de vol devait avantageusement remplacer le cône; les jets de grenaille étaient ainsi déviés. Une fois de plus, les arbres étaient les trouble-fête dans les opérations de récupération où nous devions tout récupérer.

 

D'autre part, nos Scientifiques souhaitaient voir améliorer la résolution et la précision dans le traitement de certaines de leurs informations; ils étaient aussi très attentifs au développement de la télécommande. Toujours Eux, avec des vols jumelés - dans un premier temps deux, jusqu'à quatre à court terme -, des vols à excursions verticales et des vols de nuit, les configurations matérielles et la gestion opérationnelle allaient devenir très lourdes: la dérive des émetteurs de télémesure n'arrangerait pas la poursuite simultanée des vols (il était quasiment impossible, avec la technologie utilisée, de faire cohabiter quatre émissions de télémesure dans une bande de 2MHz) et le contrôle aérien allait être de plus en plus sollicité.

Pressés de toute part, nous avons obtenu que le CNES, en reprenant entièrement l'activité ballon, prenne, alors, la décision, sous couvert de la Division Fusées-sondes, de lancer un projet ambitieux de développement matériel: une résolution dans ce sens fut prise en cette fin d'année 1965.
Convaincus de la pertinence de cette réflexion confucéenne "l'expérience ne doit pas être une lanterne qui, accrochée dans le dos, ne sert qu'à éclairer le chemin parcouru" et soulagés de voir le CNES s'engager à baliser le chemin à parcourir, nous n'avions plus qu'à tirer parti des enseignements de notre propre expérience, à établir et argumenter l'inventaire de nos souhaits.
La balle revenue dans le camp ballon - ce "petit dernier" entré, par la petite porte, dans la famille des moyens d'investigation spatiale -, les acteurs ballonniers se sont, alors, appliqués à définir leurs problèmes d'exploitation et leurs besoins, à mettre à plat leurs difficultés techniques et à appuyer les demandes de leur clientèle.

Les problèmes d'exploitation.
Le vœu émis était de posséder un moyen de localisation autonome qui nous permettrait, ainsi, de soulager le climat de lassitude et de détendre l'ambiance de crise de nerfs dans lesquels vivaient les opérateurs radar.
D'autre part, ce "service de bonne volonté" n'était pas très performant ni toujours disponible. Si les radars civils du CCR (FIR-Sud Ouest et FIR-Sud Est) travaillaient 24 h / 24, les radars militaires (CEAM) de Mont de Marsan étaient très rarement opérationnels après 20 heures; dommage, pour les vols de nuit, car ces radars, de site, nous fournissaient les informations les plus complètes.
De plus, il s'était avéré que les performances limites de ces derniers étaient vite atteintes pour des vols de ballons plafonnant au-delà de 105.000 pieds et qu'ils étaient inopérants lorsque les ballons évoluaient au voisinage du zénith d'Aire sur l'Adour.
Enfin, si les "opérationnels" attendaient avec hâte la mise en service de la télécommande, il s'avérait, déjà, que la capacité d'ordres de cette dernière ne répondait plus à la demande car la configuration des vols simultanés en exigerait un grand nombre.

Les difficultés techniques.
Les problèmes que nous avions mis en évidence lors des phases d'intégration instrumentale ou pendant le suivi des vols avaient leurs solutions; nous les avions ébauchées mais sans pouvoir les mettre en œuvre par manque de moyens financiers.
Ainsi, la compensation thermique appliquée au circuit oscillateur de l'émetteur de télémesure ne stabilisait pas de manière suffisamment efficace la fréquence d'émission; il fallait alors envisager une modification profonde de l'émetteur afin de neutraliser cette dérive en fréquence, dérive qui, déjà, nuisait à la compatibilité radioélectrique avec la réception de la télécommande à bord et qui, plus tard, nuirait grandement à la qualité de la réception au sol lors du suivi des vols multiples.
Cela dit, l'incidence financière de cette première mesure, par exemple, n'était pas négligeable; il fallait investir dans de nouveaux récepteurs de télémesure car, en règle générale, une transformation apportée à un équipement de bord était indissociable d'une modification à intégrer sur le matériel complémentaire et correspondant au sol.
D'autre part, la compatibilité radioélectrique entre un émetteur et un récepteur étant toujours difficile à maîtriser et le souhait de limiter le nombre d'antennes dans la chaîne de vol nous incitaient à utiliser la configuration de l'antenne unique avec en amont des filtres réjecteurs; ce problème de compatibilité était un de nos "tourments".

La demande scientifique.
Celle-ci s'était amplifiée dès l'annonce de l'intérêt scientifique pour des vols simultanés; à la requête de disposer d'une quantité d'ordres importante (en moyenne quatre par expérience), s'était ajoutée le besoin de transmettre, parmi la variété des informations scientifiques, de nouveaux signaux (compte rendu d'envoi d'ordres, surveillance de séquence de mesures, contrôle d'état de dispositifs mécaniques). Par ailleurs, était apparue une nouvelle demande relative à la transmission de paramètres nécessitant une précision meilleure que 1 % et à fréquence informationnelle relativement basse.

Notre premier souci devait être de traiter toutes ces "doléances" dans leur ensemble, en y apportant une solution la plus globale possible, toutes fonctions confondues, quel que soit l'utilisateur mais en retenant la plus grande commune demande et d'observer une certaine cohérence industrielle entre les équipements embarqués et ceux au sol.