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8 - Ancrage et estivage




Les nouveaux équipements SITTEL avec lesquels nous devions nous familiariser étaient ceux relatifs à l'exploitation du traitement digital des informations. La chaîne de décommutation laissait apparaître deux niveaux: un équipement primaire ou synchronisateur de bits suivi d'un synchronisateur secondaire ou de cycles.
Le premier, connecté en sortie du récepteur de télémesure, avait pour rôle de délivrer deux signaux: le message MIC (identique à celui généré à bord par le codeur) débarrassé de tout bruit radioélectrique et son rythme de bits associé. Le second devait reconnaître la structure du format MIC (cycles longs et cycles courts), selon une stratégie en trois étapes – Acquisition, Contrôle, Verrouillage – , puis délivrer le contenu de chacun des mots (octets en parallèle) avec son adresse. Pour les besoins de l'exploitation, le synchronisateur secondaire était relié à une unité de contrôles avec laquelle l'utilisateur avait le choix dans le mode de visualisation de ses paramètres: sur des afficheurs décimaux de la valeur codée binaire ou sur des voyants, les données brutes binaires.
D'autre part, on retrouvait dans la station (shelter mobile) les équipements classiques de réception de TM, de démodulation FM, d'enregistrement magnétique ainsi que les équipements de TC. Les récepteurs de mesure d'écartométrie, une table traçante et le tableau des commandes électriques de l'antenne composaient un lot de matériels nouveaux.
Mis à part la prise en main du codeur MIC qui nous avait demandé un peu de temps, les autres équipements nous étaient plus familiers. Mais nous attendions avec curiosité et envie le moment de découvrir l'antenne et de vérifier l'amplitude de ses mouvements. Impressionnant par sa taille, le système d'aériens intégré sur un plateau et son train de roues, nous était apparu comme étant opérationnel dans sa conception.


Antenne SITTEL TM et TC
( l'antenne de TM est en position zénithale
)

Quel changement! Nous qui utilisions et pilotions manuellement et intensément, depuis huit années, un système d'aériens constitué d'antennes YAGI, nous allions désormais exploiter une antenne auto pointée. Le positionneur était animé de deux mouvements: le premier en rotation (azimut) entraînait l'antenne de télémesure et celle de télécommande, le second, en élévation, n'orientait que la seule antenne de TM (la position de l'antenne TC présentait, donc, un angle fixe en élévation); cette configuration nous imposait alors de disposer d'une antenne auxiliaire (fixe) de TC (antenne omnidirectionnelle de proximité) pour éclairer les ballons en position quasi zénithale. L'antenne de TM, en partie haute sur la tourelle, avait un débattement global hémisphérique; la source était constituée de quatre dipôles en croix (pour les besoins de la mesure d'écartométrie), disposés chacun dans un dièdre de forme rhomboïdale. L'antenne de TC, composée de quatre dipôles en ligne (horizontale) montés dans leur cavité (mi-dièdre, mi-cornet), était intégrée en partie basse. Le gain total du système avoisinait les 18 dB. Enfin, l'ensemble des dispositifs mécaniques et de motorisations fonctionnait dans un environnement ventilé voire réchauffé.
Telle quelle, l'habitabilité du shelter ne pouvait pas accueillir l'expérimentateur scientifique. Or, ce dernier, tout comme l'opérateur, qui suivait un vol pendant, en moyenne, dix heures avait besoin de trouver une salle avec un espace de travail où il pourrait se poser, au même titre que l'opérateur suivait le vol dans une salle de poursuite aménagée. Ce confort minimum était d'autant plus indispensable lorsque les vols se succédaient à un rythme soutenu ou plus encore s'il s'agissait d'assurer le suivi de vols multiples; ne perdons pas de vue que la base (CLBA) était exploitée de manière intensive pendant près de huit mois par an.
Il est vrai que cet équipement station était destiné à être utilisé lors des campagnes pendant lesquelles la cadence des vols devait généralement diminuer. Mais les périodes d'activité les plus longues étaient vécues à ASA et la disponibilité d'un moyen de localisation, tant attendu, nous poussait à utiliser le matériel en conciliant ses performances et nos problèmes logistiques et opérationnels: dilemme!
On avait alors choisi de ne pas vivre dans ce shelter (que l'on avait dû éloigner des locaux techniques) mais, dans un premier temps, de déporter les interfaces utilisateurs (la recopie des codeurs angulaires, la mesure de la distance et autres capteurs ainsi que les données scientifiques) et d'en extraire le clavier de télécommande. L'ensemble de ces services de TM et de TC avaient, alors, été rapatriés, soit vers la salle réservée au suivi scientifique, soit vers la salle de poursuite opérationnelle à l'intérieur du bâtiment; il convenait, toutefois, de rétablir les liaisons utilisateurs et celle de la télécommande entre le shelter et les deux salles: un dispositif de télétransmission fut, donc, crée.
Quelque temps plus tard et par nécessité (un besoin complémentaire d'équipements sol pour répondre à la demande des vols multiples), on allait dépouiller le shelter de tous ses équipements. La station que l'on avait définie comme devant être mobile se retrouvait, jusqu'à nouvelle décision, immobilisée: voilà un exemple-type d'une "vocation contrariée"!

Nos ballons, à leur niveau de plénitude, dérivaient au gré des vents et leurs directions étaient, donc, déterminées en fonction des périodes de mousson. Cela dit, dès que l'été s'était installé, les ballons lâchés au départ d'Aire sur l'Adour se dirigeaient normalement vers l'ouest et l'océan; ce qui réduisait l'intérêt des vols. Cette situation était frustrante car, en général, ces vents nous offraient une direction stable et une vitesse lente. Nous avions, alors, envisagé, pour exploiter pleinement cette période estivale, de rechercher un site plein Est.
Le premier critère de choix dans la recherche d'un site de lâchers était celui de disposer d'une aire plane, ayant une surface au moins équivalente à un ou deux hectares, possédant quelques locaux sinon avec la possibilité d'en faire construire: le site-type était celui d'un aérodrome avec piste en dur, c'était mieux, quoique nous ayons connu des pistes en herbe, mais, surtout, avec peu de mouvements aériens (nous avions failli connaître celui du CEAM et les difficultés de cohabiter avec les avions de la chasse).
La prospection pour trouver un site à l'Est fut assez vite menée eu égard à la faible quantité d'aérodromes dans la région. Celui de Gap-Tallard (altitude, 700 mètres) fut retenu pour deux raisons: des informations météo le donnaient comme un site avec des vents faibles au sol et puis il y avait, aussi, un grand hangar libre d'occupant qui, après divers aménagements, serait suffisant pour accueillir l'ensemble du personnel et les équipes scientifiques en campagne.


Aménagement de la station mobile (Version FM), celle-ci servait, chaque année
au moment de la campagne, comme salle de poursuite sur la base de Tallard.

A la fin des années soixante la base de Gap avait une activité bien soutenue. C'était ainsi que chaque année, une partie (en alternance) de la troupe des ballonniers aturins prenait ses quartiers d'été telle une migration transhumante vers ce site de moyenne montagne.
La station SITTEL, immobilisée, ne nous avait été d'aucune aide dans cette opération déportée, toutefois cette absence de moyens mobiles n'avait pas modifié notre méthode de travail; nous avions agencé la station (GAP) avec nos matériels de redondance…en attendant mieux.
Les aménagements sur les sites de campagnes étaient généralement plus sommaires et, matériellement, moins confortables que ceux équipant les bases fixes, mais il n'en demeurait pas moins que, compte tenu de l'intérêt stratégique des campagnes, ces sites temporaires devaient acquérir, progressivement et patiemment, toutes les commodités techniques des bases permanentes. Celle de Gap n'a pas failli à son évolution; le hangar a été cloisonné pour offrir un hall d'intégration et une salle de traitement pour les clients passagers, une surface de stockage pour les ballons et une autre pour la préparation des chaînes de vol, une salle de contrôles opérationnels pour les gestionnaires de la sécurité, de la récupération et des moyens de communications radio en général et enfin divers bureaux: c'est ainsi que la base s'est structurée au fil du temps.

La perspective d'une campagne ("annuellement reconductible") et la période qui précède le départ avaient toujours une influence singulièrement ambivalente sur les "missionnaires". Il y avait l'aspect stimulant, le côté face, celui de retrouver, à plus ou moins brève échéance, un endroit où l'on avait fait un trou en se recréant une ambiance sereine, mais différente de chez soi. Et puis il y avait le côté pile, celui du temps de la préparation (bien souvent une course contre la montre), où inquiétude et stress assaillaient les nerfs, et enfin le temps des manipulations fastidieuses de matériels et du maniement non moins fatigant des caisses et cantines; à ces derniers tourments, plus physiques, la station mobile devrait être, partiellement, la solution. La disponibilité d'un shelter (réformé par fusées-sondes) allait être une opportunité à saisir pour en reconstituer une. Le temps passé pour son aménagement allait la rendre opérationnelle dès le milieu des années soixante dix. Cette configuration logistique s'est perpétuée à tel point qu'il n'y eut jamais de salle de poursuite installée à l'intérieur du hangar sur la base de Gap.