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10 - Les attachées (-) cases



Le temps de préparation de la première campagne ODISSEA fut si court que nous avions dû emprunter, un peu, les chemins de traverses pour être prêts dans les temps. Il était prévu de "bâtir" deux vols. Le premier était un vol "techno"au cours duquel il importait de vérifier la qualité des liaisons radioélectriques d'un bout à l'autre du parcours; nous allions, en effet, survoler (pour la première fois et en prévision des suivantes) l'espace maritime pendant les trois quarts temps du vol. Le second vol, à caractère scientifique, regroupait plusieurs petites expérimentations (ce qui allait préfigurer un peu plus tard les vols "autobus"). Nous fournissions les deux structures nacelles et tous les équipements de traitement des données et de communications radioélectriques embarqués.

Après avoir défini nos besoins, nous avions puisé, dans le parc d'équipements SITTEL de la Division, le matériel nécessaire; il restait à lui trouver une structure châssis sur laquelle on rassemblerait l'ensemble des constituants: deux tiroirs racks du commerce normalisés 19 pouces, l'un recevant les batteries, le second les modules, allaient faire l'affaire. Au fil du temps et des transformations et évolutions techniques successives nous avons toujours conservé l'idée d'utiliser ce type de châssis support; mécanique aisément intégrable dans les diverses nacelles scientifiques et bon marché.
Partant du constat que, parmi la communauté scientifique et au sein de certaines disciplines, des laboratoires et leurs expérimentateurs souhaitaient se regrouper (avec leurs instruments) sur un même vol afin de pouvoir financer son coût, nous avions prévu, très tôt, de distribuer, le plus généreusement possible et au plus grand nombre de passagers scientifiques partageant une même nacelle, nos services de TM et de TC.
D'autre part, rejoignant la réflexion de nos clients sur l'enjeu commercial d'un vol, nous restions sensibilisés sur la garantie de la fiabilité du fonctionnement de la case; nous avions, alors, délibérément pris la décision que les équipements qui assuraient une fonction vitale seraient redondés et se verraient attribuer, pour chacun d'eux, un mode d'alimentation différencié.
La première résolution supposait qu'il y eût, systématiquement, à bord des ordres de TC disponibles pour assurer la permutation des équipements embarqués, et qui étaient intégrés en redondance froide.
Comme suite à ces considérations et en tenant compte du nombre d'équipements de base déjà intégrés auxquels s'était ajouté celui de la localisation ainsi que d'autres dispositifs opérationnels, la case, en incorporant ces nouveaux équipements et autres en redondance, se complexifiait et par voie de conséquence prenait du poids.
Au nombre des "nouveaux entrants" se trouvaient une minuterie programmable, un dispositif relaxateur, un codeur MIC, un répéteur OMEGA, des capteurs de pression, des boîtiers de traitement de mesures et d'interfaces de TC ainsi que divers matériels coaxiaux. La télémesure restait du type FM, le besoin d'ordres de TC s'était accrû et la fonction, elle-même, allait être matériellement redondée (redondance chaude) au même titre que l'émetteur de TM.
Compte tenu de l'intervalle de temps qui séparait deux campagnes lourdes charges, nous avions retenu comme source d'alimentation les piles au lithium. Celles-ci avaient pour qualités de nous offrir de fortes capacités, de présenter un rendement massique plus que séduisant, une longue durée de stockage et ne nécessitaient aucun entretien (à l'opposée des batteries d'accumulateurs qui requièrent régulièrement des cycles de maintenance); mais ce choix avait un coût. A nous de les utiliser au mieux, c'est à dire de "vider" les packs de piles, ayant déjà volés, au moment des phases d'intégration préparatoires (pour les vols suivants), de vols fictifs ou autres simulations et répétitions "chrono" avant vol.
Un schéma synoptique, une implantation des divers modules et la distribution de la connectique sur le panneau de façade montrent assez bien le rôle stratégique que joue cette case d'équipements lors du déroulement d'un vol; on trouvera le détail matériel et l'explication fonctionnelle dans le document "la case d'équipements lourdes charges".

L'idée de développer une nacelle de servitude opérationnelle (équipant les vols de charges moyennes) avait fait son chemin et la décision de passer à l'étape suivante avait été prise. La configuration s'était imposée progressivement car il y avait un certain nombre d'avantages de séparer les besoins opérationnels de ceux exprimés par le passager scientifique.
La présence de deux cases dans la chaîne de vol apporterait une redondance au niveau des émissions de télémesure; on pourrait ainsi obtenir les mesures angulaires, tirées de la position de l'antenne, de l'une ou l'autre émission.
D'autre part, cette dissociation matérielle entre scientifiques et opérationnels nous permettrait de préparer indépendamment chacune des cases; ce qui simplifierait et réduirait notablement les temps d'intégration eu égard au grand nombre d'instruments et d'expérimentateurs qui, pendant les fortes périodes d'activité et selon leur état de préparation, laissaient passer leur tour ou attendaient le leur pour voler.
Enfin, la présence de cette nacelle, par son rôle centralisateur, allait nous aider à rationaliser nos méthodes de travail et à mieux assurer nos contrôles et interventions pendant nos diverses opérations en vol.
L'intégration systématique de la nacelle de servitudes dans la chaîne de vol devait modifier les habitudes de tous les ballonniers, sans exception, en leur apportant un confort opérationnel appréciable.
L'effet de regroupement au niveau d'une seule case allait débarrasser la chaîne de vol de maillons éparpillés qui faisaient "doublon"; en échange, on allait tirer du câble!.
Le premier maillon concerné était la commande de mise à feu pyro: dorénavant, seule la partie comprenant les allumeurs et les charges de poudre (la manille pyro avait avantageusement remplacé le couteau pyro) serait accrochée au-dessus du parachute. La commande ainsi que les batteries d'alimentation étaient désormais intégrées dans la nacelle de servitudes; un câble, glissé dans une gaine courant le long d'une des sangles et poursuivant son chemin (sur un bon mètre) à l'intérieur de la coupole du parachute, amenait le courant nécessaire. Les commandes et les sources d'alimentation du délestage et du clapet allaient être soumises aux mêmes règles du regroupement.

La nacelle de servitudes opérationnelles n'était pas fondamentalement ni fonctionnellement différente de la case d'équipements embarqués sur les vols lourdes charges. La structure était dissemblable, l'utilisation de ballons à clapet n'était pas envisageable sur les vols ODISSEA, mais les équipements vitaux étaient redondés, excepté l'émetteur de TM (toutefois, le second émetteur embarqué était celui intégré dans la nacelle scientifique) et les sources d'alimentation étaient des batteries d'accumulateurs rechargeables.
Le résumé des divers équipements composant la nacelle de servitudes est donné dans le document intitulé:"la nacelle de servitudes opérationnelles".

Cette nacelle de servitudes opérationnelles allait être mise en exploitation quelques vingt années après l'origine de l'activité ballons en Métropole.

Si la case d'équipements était intégrée à bord de la nacelle scientifique sur les vols lourdes charges, la NSO était, quant à elle, liée (attachée) étroitement à la chaîne de vol.

Avec la mise en exploitation opérationnelle de la nacelle de servitudes, la chaîne de vol, cette colonne vertébrale de l'équipage mobile (et volant!), se transformait pour se simplifier (le chapelet d'équipements avait perdu quelques chaînons) ce qui devait faciliter la phase du lâcher, mais pour autant sa constitution n'avait toujours rien d'une banalité. On le comprendra mieux en examinant les feuillets intitulés "Plans de Chaîne de vols".

Nous avions connu les drisses comme moyen de liaison entre les différents maillons et appris la technique des nœuds, les mousquetons et autres manilles nous aidaient à suspendre, à accrocher, à relier avec sûreté les divers équipements à cette "chaîne filaire". Cette technique simple mais fiable s'est vite trouvée dépassée par le poids des instruments que l'on devait emporter; nous avions dû changer d'échelle et retenir l'utilisation des sangles. Outre leur capacité à endurer des efforts violents, les sangles allaient nous offrir la possibilité de créer des chaînes plus rigides. Ce critère de rigidité à la torsion, obtenu grâce à l'utilisation de deux sangles maintenues parallèles par des écarteurs, était un facteur, tout particulièrement, déterminant dans le fonctionnement des nacelles stabilisées. Ces sangles textiles en nylon étaient tressées et se dédoublaient, tous les 40cm sur une longueur égale à leur largeur (il y avait trois largeurs au choix, 25,32 ou 45mm), afin d'offrir aux utilisateurs un pontet que nous utilisions pour y engager une extrémité d'un écarteur que l'on agrafait ensuite ou pour y accrocher un maillon et autre mousqueton destiné à suspendre un équipement constitutif de la chaîne de vol; cette souplesse d'accrochage rappelait pertinemment les possibilités qu'offrait une crémaillère dans d'autres domaines d'utilisation. Les sangles de 32mm de largeur résistaient jusqu'à des efforts de trois tonnes.

 

Cette photo représente la pièce de reprise entre l'ensemble NSO-bac à lest et la chaîne de vol. L'accrochage, vers la partie haute et le(s) parachute(s), avec le dynamomètre (protégé dans son boîtier) est réalisé à l'aide de maillons delta, celui, vers la partie basse de la chaîne, utilise une double sangle qui descend entre la structure du bac à lest et celle de la NSO. Au premier plan, le bac à lest (en rouge), au second, la NSO.

 

 

 

 

Ci-contre le câblage de trois parachutes. Les gaines rouges qui vont protéger les câbles sont cousues, pour la première partie de leur chemin, sur 3 sangles puis sur 3 suspentes (chaque parachute sera donc traversé par un câble). La configuration opérationnelle du vol exigeait un premier câble pyro (alimentation du libérateur de voilure triple), un second pour la commande du clapet, le troisième était relié à une sonde qui relevait la température du gaz à l'intérieur du ballon.