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11 – Coopération Latine




Dès l'origine des vols classés lourdes charges (1977) et lors des premières campagnes "ODISSEA", la fourniture des équipements sol avait été tout aussi lourde que l'étaient les charges utiles des vols; il fallait coordonner les approvisionnements de trois stations, concilier les prérogatives de chacun des coopérants auxquelles il convenait d'ajouter des difficultés logistiques.
Il était prévu, dans nos accords, que l'Italie assurerait à 85% la fourniture des équipements de la station de télémesure de Trapani, à notre charge de fournir ceux de télécommande. L'Espagne approvisionnerait, au mieux, la station d'El Arenosillo; ce qui voulait dire que, en plus du matériel de télécommande, nous devions compléter celui assurant la décommutation de la télémesure. Enfin nous devions fournir de pied en cap la station de Palma laquelle, par sa situation, intervenait stratégiquement dans le suivi des vols: les durées des poursuites y dépassaient largement les quinze heures.

 

Station mobile (rapatriée de Gap) implantée à l'ancien aéroport international de Palma.
Le chapiteau sur l'arrière du plateau était destiné à abriter les expérimentateurs qui devaient suivre et piloter leurs vols en temps réel.



Un groupe électrogène était mis à l'écart et caché par une haie afin d'atténuer son bruit et limiter ainsi la gêne qu'il occasionnait auprès des clients de l'hôtel. (nous étions amenés à occuper le shelter depuis le démarrage d'une chrono jusqu'à la perte de la liaison TM vers l'ouest; nous dépassions, ainsi, très souvent les 20 heures de présence.) La station mobile, opportunément développée pour les campagnes (par le CLBA), allait servir, les toutes premières années, comme station à Palma avant de pouvoir acquérir un complément de matériels suffisants pour reproduire une station de poursuite dans toutes ses fonctions.
Cette configuration logistique créait quelques embarras au sein de l'activité ballons; s'il y avait des vols transméditerranéens, il y avait aussi des vols, à la même période, au départ de Gap: nous visions, tous, cette période de vents quasi stables, dus à la mousson estivale, synonyme de vols de plus longues durées qui intéressaient, tant, la communauté scientifique.
Nous avons donc été amenés à écourter les campagnes à Gap et à démarrer plus tardivement celles relatives aux vols transméditerranéens: on coupait ainsi la poire en deux. Cette situation allait durer aussi longtemps que la station à Palma ne serait pas de manière autonome et complètement équipée.
Le complément de matériels que nous apportions aux deux stations en extrémité de parcours était essentiellement constitué des équipements de TC, matériel radioélectrique typiquement ballon et tout ou partie de la chaîne de décommutation MIC ainsi que les antennes TM et TC (Yagis) .
Tout cela était, au demeurant, normal car nous fournissions tous les équipements de bord à tous les expérimentateurs qu'ils fussent français ou étrangers. Il nous revenait, donc, le devoir de mettre à la disposition de chacune des stations de poursuite les matériels au sol indissociables de nos équipements embarqués et ce, aussi longtemps que ces derniers seraient définis en fonction des spécifications propres à l'activité ballon.
Si le matériel FM pouvait être caractérisé de standard, car respectant les normes IRIG, il n'en était pas de même du matériel MIC, par trop spécifique. On pourra mesurer l'importance des matériels en station en se reportant au document: "Les sites et les stations sur le trajet transméditerranéen".


Rapatriement par air: les gros moyens! (ODISSEA – ALIOS - 1983)

Il a été dit, plus avant, que le commutateur-codeur MIC avait subi une refonte totale de ses caractéristiques afin de mieux répondre aux divers besoins. Cela fait, il restait à définir, bien entendu, un équipement sol d'exploitation. Comme la division ballons avait eu, globalement, la maîtrise dans la réalisation du codeur, il en serait de même dans celle du matériel de décommutation au sol (ici, encore, l'intervention de MT/SA fut déterminante).
La chaîne de décommutation nous était devenue "classique". Les deux appareils synchronisateurs pouvaient n'en faire qu'un seul, compte tenu des configurations connues, figées et limitées que nous nous étions imposées lors de la définition du codeur (rythmes de bits et composition des formats). Par contre, nous avions pris la décision de mettre l'accent sur les moyens de décommutation et de visualisation en y apportant une grande souplesse dans leur exploitation. Pour l'obtenir, et compte tenu de l'évolution technologique en cette fin des années soixante dix, le passage qu'il nous fallait emprunter nous menait inéluctablement vers l'utilisation du microprocesseur.
Notre ambition nous poussait à mettre un doigt dans l'informatique; nous venions de faire fi de "l'esprit ballon" (esprit dans lequel, jusqu'à présent, nous nous efforcions que tout matériel développé fût réalisé avec des composants discrets voire, au plus, avec quelques circuits intégrés; le tout étant câblé). Mais entraînés par l'évolution technologique, nous avions lâché prise; c'était, malgré tout, un "demi mal" car nous avions, encore, la maîtrise du matériel embarqué! Ouf.
La phase de la définition et celle de la réalisation sont décrites dans le document intitulé "Le matériel MICnes".

Depuis, déjà, quelque temps nous avions sondé des industriels régionaux sur leur capacité à réaliser du matériel de traitement de l'information pour des applications type, car nous tenions à faire développer par des petits industriels locaux nos futurs équipements; ceci pour des raisons financières et de proximité. Pour l'exemple, le développement et la réalisation de l'équipement synchronisateurs ont pu être confiés à une entreprise toulousaine (CEIS), et d'autres réalisations suivront un peu plus tard.

L'investissement matériel exigé pour assurer les vols transméditerranéens était important aussi bien pour les besoins opérationnels que pour ceux nécessaires aux scientifiques. Et ces derniers, qui devaient dialoguer en temps réel avec leurs instruments embarqués, rechignaient à devoir se dédoubler (au moment des prises de décision pendant le vol) et doubler (ou même tripler) leurs équipements afin de pouvoir suivre, de bout en bout, le déroulement de leur expérience; le fonctionnement de toute cette logistique expérimentale était financièrement et humainement très lourd: leur budget ayant une valeur finie.
Nous avions, alors, pris la décision de développer un système de transmission bidirectionnelle de données qui allait permettre de centraliser, pour une exploitation en temps réel, toutes les informations et commandes sur le site de départ. Donc, en demeurant sur son site de préparation et d'intégration, l'expérimentateur pourrait alors piloter sa nacelle pendant la totalité du temps de poursuite de vol.


La joyeuse troupe des curieux espagnols posant pour la photo et
piétinant un champ de soja! (ODISSEA – ALIOS - 1983)

Cette solution paraissait très séduisante en théorie mais, en se reportant à l'époque de notre application (1983), était beaucoup plus difficile à mettre en œuvre; nous devions utiliser des lignes téléphoniques dédiées sur les réseaux commutés…. réseaux qui entre l'Italie et l'Espagne n'étaient pas très fiables (le RNIS – Numeris – n'existait pas encore sur les liaisons hors Métropole). Si le budget de nos scientifiques avait une valeur finie, les lignes téléphoniques avaient aussi les leurs: leurs capacités utiles ne dépassaient guère dix kilobits. Les expérimentateurs devaient, alors, s'auto discipliner en acceptant de ne transmettre sur la ligne que la quintessence de leurs informations et de nous laisser (besoins opérationnels – pilotage du ballon) une infime partie des "tuyaux".
Le système que nous allions développer ne pouvait se matérialiser que par l'utilisation de la micro informatique (une application de plus où nous perdions "la main": inéluctable!): il pris alors le nom de Reliquat (RElais par LIgnes Téléphoniques d'une Transmission de Télémesure et de Télécommande).
Le résultat fut satisfaisant opérationnellement (malgré la limitation des débits des réseaux) et intellectuellement profitable (nous le verrons un peu plus loin), car nous allions découvrir le fonctionnement des structures d'échanges, les normes de protocoles et les modèles d'architectures que l'on appliquaient dans les systèmes de transmission de données (TD).
Le document intitulé "un modèle de système de transmission de données" apporte quelques précisions sur le principe utilisé.

Toute cette période sous influence "coopérative" eut le mérite de nous offrir les moyens logistiques compatibles et adaptés pour l'exploitation de vols stratosphériques à défilement; cette configuration était opportune pour réaliser des expériences à caractère technologique et se servir de ces vols comme autant de plates-formes d'essais dynamiques. Cela dit, il n'était donc pas rare que nous prenions un ticket pour embarquer, sur un vol autobus, un container en matériau expansé dans lequel nous y avions glissé une petite "manip techno".
Parmi ces opérations "opportunistes", nous avions prévu de vérifier le fonctionnement global du matériel radioélectrique en bande L, de confirmer le bilan de liaison et d'analyser les phénomènes de propagation dans l'environnement des stations de poursuite. Nous aborderons, à nouveau, ce sujet un peu plus loin.