André Pelissier
Accueil | Tous les Documents
Sommaire
page gauche
page droite
page précédente

bag116
  page 16

 


14 - … le chemin qui mène à l'informatique

 

Les vents soufflaient fort sur les expériences qualifiées de lourdes charges! Et, celle qui allait accélérer le programme, déjà initié, des développements dépassait en taille et en besoins toutes les précédentes: il était question de la nacelle stabilisée PRONAOS. Les instruments qu'il était prévu d'y embarquer délivraient des signaux avec des cadences si élevées que notre multiplex FM de télémesure ne saurait jamais les traiter. Il ne nous restait plus, alors, qu'à repenser complètement le principe de notre télémesure. Bien que dictée par la seule demande scientifique, la transformation allait, de facto, concerner le matériel de servitudes opérationnelles et modifier les méthodes de travail; l'ensemble de la case d'équipements (opérationnels et scientifiques) devait être entièrement remodelé.

La situation de notre activité de développements, au démarrage du projet de la nacelle stabilisée, ne ressemblait pas à celle que nous avions connue au moment du lancement du projet SITTEL; à cette dernière époque, nous détenions du matériel de TM (et de TC) qu'il convenait de "muscler", sans pour autant remettre en cause sa validité technique, nous attendions notre allocation de fréquences (TM et TC – bande des 400 MHz) et étions impatients de disposer d'un moyen de localisation. A l'arrivée du programme PRONAOS, nous avions déjà engagé deux actions; l'une concernait le changement des fréquences porteuses (TM et TC) ainsi que les modifications du principe appliqué à leur modulation, la seconde consistait à adapter le système de navigation GPS à nos cases d'équipements. Et, maintenant et pour finir, il nous fallait remettre complètement à plat le principe de notre TM: nous nous trouvions dans une situation totalement inverse de celle vécue vingt années plus tôt.

Les performances instrumentales annoncées de cette future plate-forme stabilisée étaient telles que les expérimentateurs postulant l'emport de leurs matériels et autres équipements à son bord n'étaient pas en reste sur leurs propres besoins. L'utilisation de la micro informatique s'était répandue dans le milieu scientifique entraînant la numérisation de la plupart des données de télémesure dont leurs valeurs de rythmes pouvaient atteindre plusieurs centaines de kilobits.
Un autre fait marquant nous avait déjà interpellé: l'apparition, quelque temps avant la "proclamation PRONAOS", de nacelles à bord desquelles plusieurs instruments ( trois au minimum) pouvaient être embarqués simultanément. Cette nouvelle configuration expérimentale (nacelle "autobus") avait mis en évidence que l'accès, pour chacun des utilisateurs scientifiques, à la fonction de télécommande était devenu difficile; le canal était tellement encombré que l'envoi, simultané, d'instructions de TC était devenu illusoire, chacun devait, alors, attendre son tour. Et pourtant, nous avions, déjà, modifiés profondément nos équipements pour augmenter la vitesse de transmission des messages informatiques (sous forme parallèle) essayant ainsi de réduire l'attente entre les utilisateurs.
D'autre part, nos circuits d'interfaces n'acceptaient toujours pas les messages séries (TC) de type asynchrone lesquels, au fil du temps, étaient devenus les plus nombreux.

Aucune échappatoire n'était donc possible: les deux fonctions de base (TM et TC) devaient être fondamentalement reconsidérées au niveau du traitement de leurs données.

Alors que nous exploitions notre système de transmission de données (RELIQUAT) pendant le suivi des vols transméditerranéens, nous avions remarqué la similitude qu'il existait entre le couple des liaisons de TM et de TC avec un système bidirectionnel de transmission de données (TD).
Cette observation faite, nous avions poursuivi notre réflexion et avions conclu que, si l'on retenait les mêmes structures d'échanges (normalisées) que celles utilisées en TD, on devait parvenir logiquement à une réversibilité fonctionnelle et matérielle des équipements de télémesure et de télécommande; cela serait un critère de fiabilité et présenterait, en outre, l'intérêt de réduire les coûts de fabrication.
Dans un système de TD, chaque terminal peut transmettre vers et recevoir d'un terminal distant des données; dans notre application, le ballon pouvait être considéré comme un premier terminal et la station de poursuite un second (et inversement). À la base on voyait que la réversibilité sol ↔ bord existait bien, mais que les performances demandées étaient toutefois différentes; la liaison de télémesure était un canal à haut débit de bits et à flot continu, le débit de la télécommande était plus lent et par bouffées, mais la sécurité était primordiale et, à ce titre, il fallait s'assurer de la parfaite fiabilité de la transmission des instructions de TC.
Ayant acquis l'assurance d'une compatibilité totale, grâce à un matériel unique (à bord et au sol), entre les spécificités des deux fonctions (TM et TC), nous nous étions, alors, intéressés aux normes ISO / CCITT et, parmi les protocoles proposés, nous avions retenu la norme HDLC (on se trouvait, désormais, confronté à "un détournement de fonction avec prise d'intérêts": la situation était devenue délictuelle!).

Cette nouvelle génération de matériels allait être définie en tant que: Équipements de Télécommunications Numériques pour Aérostats – ETNA.



On aura un aperçu des principes de base du nouveau système et une description des cases d'équipements en prenant connaissance du document " ETNA - le traitement des données & le matériel ". Un second document intitulé "tableau comparatif-traitement des données" met en exergue les performances de ces derniers équipements.

En nous engageant sur la voie du développement du matériel ETNA et conscients de l'ambition de la tâche, nous avions mis de côté nos bonnes résolutions de vouloir défendre, à tout prix, l'esprit ballon et avions donc cédé devant l'emprise de l'évolution technique et de l'essor technologique.
Nous venions de passer sous les "fourches caudines" de la micro informatique en acceptant de l'intégrer dans les équipements embarqués, ce dernier bastion récalcitrant et résistant où nous pouvions jusqu'alors "mettre notre nez"; la maffia micro avait tout gangrené: le "mal" était entier!
La technique des circuits intégrés, des circuits imprimés, des circuits câblés et autres circuits que nous avions définis, dessinés, assemblés ou intégrés et autre méthodes de travail devaient être abandonnés; notre conception "artisanale" du travail chavirait: ce fut, inéluctablement, un crève-cœur. La micro prenait le dessus: bienvenue au cercle...mais reconnaissons-lui des mérites et accordons-lui, quand même, quelques louanges. Micro gratias!