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cnaf02
 
 
 
 
  Discussions autour d'un protocole
   
Qu'elle pâtisse d'une mise au point trop accélérée ou qu'elle fonctionne à la satisfaction de ses constructeurs - ce qu'il faut naturellement souhaiter car un succès ferait bien comprendre leur mérite tandis, qu'un échec risquerait de leur être injustement reproché, - la fusée Diamant de novembre emportera une charge utile qu'elle devra, en principe, mettre en orbite. Quelle charge utile?
Tandis qu'au début de l'été les techniciens ajustaient leurs programmes aux nouveaux délais, on débattait longuement, en haut lieu, de son choix.
C'est que deux engins posaient leur candidature: la capsule expérimentale A-1 - 38 kilogrammes!, plus un support de 7 kilogrammes !-- que la société Matra construisait pour le compte de la D.M.A., et le satellite
D-1, 17 kilogrammes, plus une “case d'équipements” de 18 kilos - dont le C.N.E.S. assurait la maîtrise d'œuvre.
En principe, d'après les termes d'un protocole conclu entre le ministère des armées - sous l'égide duquel se construit la fusée Diamant - et le C.N.E.S., la capsule A-1 devait ouvrir le feu, le satellite D-1 ne prenant la suite qu'à partir du troisième tir. Mais ce protocole avait été conclu à une époque où l'on pensait que le Diamant pourrait être tiré au printemps de 1965: une date à laquelle le satellite D-1 ne serait pas prêt mais à laquelle, pensait-on, la capsule A-1 pourrait être considérée comme opérationnelle. De plus il était entendu que l'engin A-l, d'une conception relativement rustique, devait tout au plus être conçu pour tester le véhicule de lancement et ne contiendrait aucun équipement scientifique à son bord.
Fallait-il en rester à l'ordonnancement initial alors que, le temps passant, les travaux sur D-l rattrapaient et dépassaient ceux sur A-1 ? Devait-on ne pas tenir compte de ce que A-l, initialement simple engin test, cherchait à se poser en satellite scientifique en acceptant à son bord un instrument de mesure ? Les responsables du C.N.E.S. ne l'ont pas cru et entreprirent de revendiquer pour D-1 l'honneur, quelque périlleux qu'il fût, d'être le premier à être lancé par la fusée Diamant.
   
  Le choix de A-l
 
Un long et obscur débat s'ensuivit, qui trouva seulement sa conclusion lorsque le ministère des armées décida de tenter une satellisation dès le mois de novembre et, s'en tenant à la lettre du protocole, imposa A-l. Un choix qui soulève autant des problèmes techniques que des questions de principe.
• Des deux engins en compétition, celui qui a été retenu est celui dont la préparation est la moins avancée: au début du mois de septembre, A-l n'était pas encore techniquement “qualifié” pour le vol spatial, alors que D-1 l'était déjà. D'autre part, en voulant tirer en deux campagnes rapprochées des engins aussi différents que A-1 et D-l, on fait obligation aux techniciens chargés de l'agencement du véhicule porteur d'avoir à lui apporter des: modifications en des temps très brefs: si la mise à feu du premier Diamant s'effectue dans la précipitation, il en sera de même pour celle du troisième Diamant, auquel on confiera le premier D-l. Et est-il. vraiment rentable de mettre simultanément la dernière main à deux séries d'engins dont les premiers sont déjà à tous les points de vue, dépassés par les seconds?
• Sans doute les Américains inaugurent-ils actuellement leur lanceurs en mettant en orbite des charges mortes munies seulement d'un émetteur radio pour définir les caractéristiques de la trajectoire. Mais on sera sans doute tenté de rapprocher, surtout compte tenu de l'éclat avec lequel la nouvelle sera annoncée, le premier engin français en orbite, de ceux que lancèrent les Soviétiques et les Américains en 1957 et en 1958, il y a donc sept ans.
De ce point de vue il eût été plus payant de chercher à mettre en orbite un satellite tel le D-1 qui aurait, trois mois durant, procédé à des observations scientifiques - dont certaines intéressent d'ailleurs, par ricochet, la défense nationale, - qu'une capsule qui pendant ses quinze jours de fonctionnement ne pourra guère que fournir des indications sur sa trajectoire.
A l'inverse, il est vrai, on peut arguer - en ne tenant pas compte du fait que D-1 a été construit en triple exemplaire qu'il serait dommage de confier au premier Diamant, dont les chances de succès sont amoindries par la précipitation que l'on met à le lancer, un engin aussi coûteux que le satellite du C.N.E.S. Dans cette optique l'attitude du ministère des armées ne manquerait pas de logique, qui consiste après avoir imposé une date de lancement à faire courir le risque de l'aventure à un de ses engins. Elle conduira cependant à accréditer l'idée que ministère des armées à un programme de recherche spatiale ce qui n'est pas actuellement le cas - ou même que la recherche spatiale française relève de lui - ce qu'il souhaite peut-être faire croire, mais qui est inexact.
Plutôt que de suivre la voie que la logique dictait - un D1 lancé par une fusée Diamant, quand le véhicule porteur pourra raisonnablement être considéré comme prêt - on a donc préféré une solution qui risque de créer une certaine confusion et fait avant tout droit à des considérations de prestige, qu'il s'agisse de celui d'un ministère ou de celui du pays.
Mais recherche spatiale et prestige ont toujours été étroitement associés et sans doute la première n'aurait pas acquis l'importance dont elle bénéficie aujourd'hui si, chez toutes les grandes puissances des considérations afférentes au second ne l'avaient solidement appuyée.
Puisque la France, suivant en, cela l'exemple des Etats-Unis et de l'U,R.S.S., lie déjà si étroitement les deux choses, peut-on croire qu'à l'avenir l'exploration de l'espace trouvera un appui inconditionnel auprès du gouvernement ou, au moins, aura droit à une bienveillante attention?
L'examen des crédits à la recherche spatiale pour l'exercice 1966 et surtout les discussions préparatoires à l'établissement du prochain plan de modernisation et d'équipement montrent, paradoxalement, qu'il n'en est rien.
   
  2. Dans les bras des Américains
   
Dans le mécanisme complexe qui subordonne en France les réalisations spatiales aux décisions gouvernementales, il est un rouage essentiel qui, semble-t-il, fonctionner à l'envers: celui qui relie les organes chargés de définir les objectifs à atteindre et ceux qui accordent les crédits.
Les discussions qui ont conduit à l'établissement du budget spatial pour l'exercice 1966 et à l'élaboration du prochain Plan de modernisation et d'équipement ont montré, en effet, que le gouvernement paraissait moins s'attacher aux développements possibles de la recherche spatiale française pour en déduire le montant des crédits nécessaires et leur échelonnement dans le temps qu'à une enveloppe de dépenses et à un échéancier qui leur reconnaisse un taux d'accroissement faible mais relativement régulier. Et l'organisme français de recherche spatiale s'est trouvé enfermé sous un plafond de dépenses qui se trouve bien en-dessous du plancher de ses revendications.
Pourtant le C.N.E.S. avait abordé ces discussions avec optimisme et il avait même présenté dans les commissions du Plan trois projets d'expansion (voir le graphique ci-contre) qui, s'ils avaient été acceptés, auraient incontestablement donné à la recherche française un souffle nouveau: on aurait entrepris la construction d'un lanceur sensiblement plus puissant que le Diamant, le "Régent" et de sondes interplanétaires; on aurait étudié la mise en orbite de satellites permettant de réaliser des observations complexes; on aurait fondé à Toulouse un nouveau centre pour l'étude de ces futurs engins ...
Ces programmes impliquaient une augmentation assez vertigineuse des dépenses d'investissement - celles de fonctionnement suivant en proportion - et on s'étonnera que le C.N.E.S. ait pu songer à les présenter sans faire précéder une telle offensive d'une préparation particulièrement soignée, sans mettre au point une argumentation décisive ou acquérir des appuis.
Il demeure que, des trois projets présentés celui qui comporte les plus faibles dépenses constituait, aux yeux des experts, un seuil au-dessous duquel il serait préférable de ne pas tomber.
En fait, loin de voir ses demandes satisfaites, le C.N.E.S. s'est trouvé ramené à un budget du même ordre que celui qui fut le sien jusqu'ici, et encore, dans les ultimes arbitrages, a-t-on limé de nouveau ses crédits.
Situation irritante qui interdit de donner aux activités spatiales françaises toute l’extension qu'elles auraient pu avoir et montre qu'elles sont loin d'être en faveur.
Situation particulièrement gênante car, tout en fixant le plafond des dépenses à un niveau relativement bas, le gouvernement n'a pu préciser quelles devaient être les missions du C.N.E.S. dans les limites qui lui sont imparties: à charge pour lui, en quelque sorte, de faire ce que bon lui semble avec l'argent qu'on lui laisse... Il n'a pas davantage été tenu compte du fait que l'organisme spatial français avait à faire face à d'importantes dépenses, tout à la fois obligatoires et urgentes.
 
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