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cnaf03
 
 
 
    L’affaire de la Guyane
 
 
Les accords d'Evian faisant obligation à la France d'évacuer au printemps de 1967 le centre interarmes d'essais d'engins spéciaux d'Hammaguir, il fallait trouver d'urgence d'autres bases d'où puissent être lancés les missiles militaires expérimentaux et les fusées spatiales. On sait que le ministère des armées a fait choix d'un site dans les Landes et que le C.N.E.S., après avoir songé à établir un petit champ de tir dans le Roussillon, a opté pour la Guyane (1).
On peut discuter ce choix, en soulignant notamment qu'une telle réalisation devait peser lourd sur un budget limité. Mais le site de Guyane offre mille avantages, car il est un des seuls au monde à permettre des tirs équatoriaux, et le posséder constitue incontestablement un atout important.
De plus, son choix avait naturellement été approuvé par le gouvernement et on pouvait croire que celui-ci comprendrait ultérieurement les impératifs découlant d'une telle charge. Enfin, il n'y a pas de solution de rechange ...
Un programme spatial national sans champ de tir n'ayant pas de signification, force était de reconnaître à sa construction un caractère hautement prioritaire. Mais le montant des crédits a été fixé sans qu'un compte particulier soit tenu de cette charge et, en conséquence, force sera aussi au C.N.E.S. de comprimer toutes ses autres dépenses. Or, construire une base de lancement ce n'est pour une bonne part qu'effectuer des travaux d'infrastructure: dans les années à venir, l'organisme français de recherches spatiales va dépenser le plus clair de son argent à couler du béton.
De plus, alors qu'il lui faudrait procéder à ces investissements le plus rapidement possible, l'échéancier qui lui est imposé lui fait obligation de les étaler dans le temps. A première vue cette disposition imposée par le gouvernement devrait permettre une meilleure répartition des crédits disponibles entre les différents postes de dépense. En fait, il n'en est rien: s’il est bien exact que la préparation d’une expérience spatiale demande du temps, on ne saurait à l'inverse préparer un tir trop d'années à l'avance, car l'expérience projetée risquerait fort, entre temps, d'être réalisée par d'autres. Et, surtout, un trop grand étalement des travaux de construction du centre de lancement de Guyane promet de faire boule de neige. Finalement, la nouvelle base ne pourra guère être prête avant la fin de 1969, date qui conduit à trois conséquences.
     
    L’Europe poussée vers I’Amérique?
 
 
• Après le lancement des deux premiers D-1, un seul autre tir pourra être effectué d'Hammaguir, celui d'un satellite similaire mais perfectionné: D-l D. Doit lui succéder un engin D-2 qui ne pourra être prêt pour le début de 1967 et devra donc attendre pour être mis en orbite la fin de 1969, dans la meilleure hypothèse. Après avoir tenté coup sur coup de mettre en orbite par ses propres moyens quatre satellites : une capsule expérimentale A-l, les deux engins de type D-1 - D-1 A et D-1 B - et enfin D-1 D, la France laissera passer trois années sans effectuer un seul tir. C'est figer la recherche spatiale française pendant trois ans.
De plus, comment dans de telles conditions arrivera-t-on à former le personnel nécessaire?
Sans doute les équipes chargées du lancement des engins procéderont, entre temps, à de multiples expériences militaires.
Mais le tir d'un missile expérimental et une satellisation, ce n'est pas la même chose ... Restent les équipes employées aux stations de poursuite. Pourra-t-on les conserver en ne leur faisant, durant des années, qu'écouter les satellites américains et soviétiques ?
• Pour lancer le grand satellite astronomique dont elle a entrepris la construction, l'organisation européenne de recherche spatiale (ESRO) hésite entre le lanceur que prépare l'organisation européenne pour la construction de lanceur lourd (ELDO) et une fusée américaine. L'ESRO ne se prononcera en faveur de la fusée de l'ELDO que si elle peut être tirée de Guyane, et elle attend que le “pas de tir” de l'engin soit en service à la fin de 1968 ou au début de 1969.
Faute de quoi, il lui serait difficile d'être sûre de pouvoir mettre en orbite son satellite en temps voulu et surtout de s'assurer, par des lancements préliminaires, du bon fonctionnement de la fusée porteuse. Ouvrir le champ de tir de Guyane en 1969, c'est donc pousser indirectement l'ESRO à se tourner vers un lanceur américain. Pourquoi alors participer à grands frais à la construction de la fusée ELDO ?
Les négociations sur l’accord définitif concernant les télécommunications par satellite doivent s'ouvrir en 1969. L'accord actuel, en effet, ne revêt qu'un caractère intérimaire, parce que les pays européens ont tenu à se garder une chance de pouvoir d'ici à la fin de la décennie faire la preuve aux yeux des Américains de leurs capacités et leur arracher ce faisant des conditions meilleures. On peut douter que les nations du Vieux Continent veuillent consentir l'effort financier et technologique nécessaire, mais si elles venaient encore à l’entreprendre - il est juste temps... - il leur faudrait nécessairement une fusée, celle de l'ELDO, et un champ de tir: la Guyane.
Peut - être l'ouverture de ces négociations sera-t-elle retardée?. Peut-être suffirait-il pour convaincre les Américains de nos mérites de les menacer du lancement d'un satellite de télécommunication expérimental en 1970?. En toute hypothèse, les négociations promettent d'être difficiles, et il serait sage de mettre toutes les chances de son côté. Retarder l'entrée en service de la Guyane aboutit donc à renforcer la position américaine.
La remarque, naturellement vaut pour le cas où les pays européens ne réussiraient pas à unir leurs efforts. La France, alors, pourrait envisager de tenter sa propre expérience, mais, naturellement, le plus tôt serait le mieux.
Dans les conditions de financement actuellement réunies pour la construction du champ de tir de Guyane, le programme spatial français comportera donc pour la présente décennie:
- D'abord les trois tirs: A-l, D-l A et D-1 B à effectuer à la fin de 1965 et au début de 1966 à Hammaguir ;
- Ensuite le lancement du satellite D-1 D au début de 1967 et toujours d'Hammaguir;
Enfin la mise en orbite à la fin de 1969, du champ de tir de Guyane cette fois, du satellite D-2.
   
  Une fusée sans satellite ou un satellite sans fusée
 
L'étroitesse des crédits octroyés au C.N.E.S. appelle d'autres conséquences.
Le lancement de D-1 D et surtout celui de D-2 exigent des lanceurs plus puissants que le Diamant qui sera tiré cette année; s'il est entendu que le C.N.E.S. ne disposera pas de fusées sensiblement plus puissantes, il n'est pas évident qu’il pourra avoir les véhicules de lancement nécessaires à ces deux expériences.
Depuis longtemps il était envisagé de substituer au Diamant originel un Diamant “à poudre”, où le premier étage serait constitué non plus d'une Emeraude mais d'un propulseur à propergol solide. C'est même la nécessité, eu égard au programme de développement des engins à poudre, de lancer une première fusée de ce type avant la fermeture du champ de tir d'Hammaguir qui a poussé à l'élaboration du projet D-1 D. Mais voici que maintenant on ignore encore s'il sera possible de dégager effectivement les crédits nécessaires à la réalisation de ce lanceur.
La situation touche au comique: après s'être vu suggérer de construire un nouveau satellite pour tirer profit des possibilités qu'offrait le programme de lanceur à poudre, le C.N.E.S. ne sait pas s'il pourra s’offrir cette fusée. Après avoir eu une fusée sans satellite, il aurait maintenant un satellite sans fusée. Ceci après que deux types de satellites eurent rivalisé pour le tir inaugural.
Mais l'affaire va plus loin. Si le C.N.E.S. effectue dans son centre de Brétigny nombre des études nécessaires à la mise au point d'un satellite, il entend coopérer de manière étroite avec l'industrie afin de la mettre, comme tel est son devoir, à l'heure spatiale. Aussi a-t-il vu dans le projet D-1 D une occasion non pas de faire davantage travailler son propre centre, mais d'aller jusqu'à confier au secteur privé la maîtrise d'œuvre complète d'un engin spatial. Opération coûteuse dans l'immédiat pour le C.N.E.S., mais payante à terme, car elle pousse l'industrie à améliorer la qualité de sa production.
Réussira-t-on simultanément dans les conditions actuelles à payer le lanceur et à faire travailler l'industrie? On peut en douter...
De plus, la réalisation d'un lanceur Diamant amélioré pour la mise en orbite de D-l D conditionne celle du lanceur, encore plus poussé, qui sera nécessaire au tir de D-2. Peut-être, faute de disposer des moyens indispensables à la réalisation des Diamant à poudre, faudra-t-il recourir pour lancer ce dernier à une fusée américaine Scout ...
Ainsi. le programme spatial français qui se voulait à l'origine indépendant de la coopération américaine a-t-il de plus en plus tendance, par la force des choses, à. se retourner vers elle.
Au satellite F R-1 que la N.A.S. A. lancera au mois de décembre succédera peut-être de cette manière un satellite FR-2 qui incarnera le projet de satellite météorologique Eole. Par sa nature même ce projet ne peut prendre sa véritable extension que porté à l'échelle internationale, et la France, qui aurait peut-être éprouvé quelque peine à le réaliser seule, doit prendre l'initiative de proposer aux Etats-Unis de le mener à bien avec elle. Des négociations sont en cours à cet effet.
Dans la meilleure des hypothèses, le programme spatial français comportera donc d'ici à 1970 sept tirs de satellites: cinq en principe avec des fusées françaises, mais dont un est incertain (D-1 D) et dont un autre (D-2) pourrait être lancé avec une fusée américaine, et deux dans le cadre du programme de coopération internationale de la N. A. S. A., mais dont un (Eole) dépend de conversations encore en cours.
Peut-on ajouter encore à cette courte liste un satellite scientifique D-4 et un satellite de télécommunications expérimental?
 
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