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– III –

1969 – 1976

Sept ans de malheurs  

Les activités spatiales françaises et européennes entrent alors dans une longue période d’agitation, aggravée au CNES par la décentralisation à Toulouse et caractérisée par une perte générale de confiance : perte de confiance du personnel en l’avenir et perte de confiance des services les uns envers les autres. Le départ des principaux artisans des premiers satellites français vient de révéler la fragilité des acquis ; les efforts tentés pour restaurer la confiance vont se heurter à beaucoup de scepticisme.

En fin 1969, la direction des programmes publie un rapport de synthèse proposant l'orientation de l'activité spatiale française et européenne pour le VIème Plan (1971-1975). Ce rapport présente une prospective clairvoyante mais s'abstient de la moindre indication sur le rôle qui devrait revenir à l’entreprise CNES dans ce tableau d'ensemble. Or c’était là évidemment la préoccupation principale du personnel. Les critiques internes fusent de toutes parts, mais aucun consensus ne se dégage clairement ; aucune autre version de ce texte ne sera établie.

La gestation des premiers projets de satellites d'application est difficile. Le projet de satellite de télécommunications Symphonie est en cours de développement en collaboration bilatérale avec l'Allemagne. Il aboutira plus tard à un énorme succès technique et industriel. Pour le moment l'équipe de projet intégrée est implantée au CNES (Brétigny puis Toulouse), mais l’organisation l’isole du reste de l’établissement ; l’équipe englobe en son sein tous les spécialistes dont elle a besoin et n'a pratiquement aucun échange avec les services dans lesquels elle a puisé le personnel.

Pour Météosat, dont le CNES a fait l'étude préliminaire dans un cadre national avec la Météorologie nationale et le CNRS (Laboratoire de météorologie dynamique), une autre formule est adoptée. Le CNES propose l'européanisation du programme. Celle-ci est acceptée par les pays membres de l'ESRO et la France obtient que l'équipe de projet soit installée à Toulouse et composée pour partie d'agents du CNES. Contrairement à Symphonie, il est prévu que cette équipe n'englobera pas tous les spécialistes. Elle fera appel, sous forme de support séparé, aux services du CNES (centre technique de Toulouse) et de l'ESRO (centre technique de Noordwjick). L'équipe de projet s'installe à Toulouse dès 1970, mais cette décision répond trop tard et trop partiellement aux interrogations sur l'avenir du CNES.

La décentralisation à Toulouse qui se révélera plus tard très bénéfique constitue pour l’heure un handicap supplémentaire. Dès 1963 un comité interministériel d’aménagement du territoire avait décidé que les extensions du CNES se feraient à Toulouse. Le CNES n’ayant alors que 17 mois d’existence et aucun résultat significatif à son actif, lesdites extensions avaient paru bien lointaines et hors du champ des préoccupations. Or les choses se précisent fin 1965 dès le succès de FR1. Cette perspective ne réjouit pas tout le monde. Au-delà des préoccupations individuelles, d’autres inquiétudes se manifestent. La politique nationale de régionalisation est encore à ses débuts et les services désignés pour partir craignent un isolement néfaste à leur activité. Je me souviens aussi que Chiquet lui-même, dans un premier temps, jugea que le dynamisme du CNES risquait de se dissoudre dans la douceur de vivre qui faisait la réputation de Toulouse. Mais, avec son âme de bâtisseur qui avait déjà fait merveille à Kourou, il considéra rapidement le côté positif de la chose et lança le développement du Centre spatial de Toulouse avec son énergie et son imagination coutumières, jusqu’à son départ du CNES.

Après l'installation à Toulouse des divisions Ballons (1968) et fusées-sondes (1969)  la principale phase de décentralisation devait, en 1971, concerner les services chargés du développement des satellites. Or celle-ci se présente dans un contexte très défavorable : maintien à Brétigny d'une forte direction des programmes soupçonnée, par les services désignés pour Toulouse, de mépriser la capacité des équipes internes, gestion du satellite D2 B par un industriel implanté en région parisienne, très grande incertitude sur l'avenir de l'activité spatiale. Au printemps 1970 une grève, suivie en majorité par les services promis au transfert, s'étend sur plusieurs semaines, ponctuée par de nombreuses assemblées convoquées par l'intersyndicale et appuyée par les non-grévistes (collectes de solidarité).

Après quelque 6 semaines, la grève prend fin sans que le général Aubinière ait pu apporter les garanties réclamées. Mais les conséquences sont graves : 50% du personnel destiné à Toulouse refuse le transfert et démissionne (ce chiffre inclut les démissions enregistrées depuis octobre 1969), à l'exception de quelques agents qui viennent occuper des postes ouverts dans les services restant à Brétigny (direction des programmes, divisions lanceurs, opérations, mathématiques,...). La compétence perdue demandera plusieurs années pour être reconstituée, mais on remplace les partants par des débutants qui sont au contraire intéressés par le lieu de travail proposé.

Fin 1971 le général Aubinière quitte le CNES. Il est remplacé par Michel Bignier.

De 71 à 74, de nombreux avant-projets de systèmes spatiaux sont entrepris malgré une méfiance persistante entre les personnels de la direction des programmes (à Brétigny) et ceux du nouveau centre implanté à Toulouse et en dépit des lourdes incertitudes de l'époque : lanceur Diamant trop léger pour emporter les satellites envisagés, lanceur Europa essuyant échec sur échec. De même les laboratoires internes se diversifient : à côté de ceux ayant assuré des fabrications et des essais, se développent des laboratoires légers destinés à l'acquisition de compétence sur des points technologiques clés. Le pourcentage de personnel technicien augmente tout en restant largement minoritaire par rapport aux cadres.

Les divisions techniques de Toulouse et la direction des programmes finissent par trouver des modalités de fonctionnement appropriées pour lancer de nombreuses études technologiques, les unes internes, les autres déléguées à l'industrie. Enfin pour inciter au décloisonnement des services un cycle de formation interne "satellites" est mis en place : à tour de rôle les experts de chaque domaine dévoilent les mystères de leur spécialité au bénéfice des agents des autres services.

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