x
page 6
sommaire
page précédente
page suivante

Vous avez:
- une remarque à faire
- une correction à signaler
- une information à donner
- une idée à suggérer

Notez la référence de page ci-dessus, cliquez l'icone de mail ci-dessous et envoyez moi votre message avec la référence

Merci

cnae06
 

 

– IV –

1976 – 1983

La renaissance

Début juillet 1976 un nouveau président, Hubert Curien et un nouveau directeur général, Yves Sillard sont nommés. Sans doute ont-ils reçu des garanties des tutelles quant au maintien pour le CNES d'un rôle à la mesure des moyens humains et matériels mis en place à Toulouse, bien que ces derniers n'aient pas eu la possibilité de montrer complètement leur valeur dans la période de rétrécissement de l'activité qui vient de s'écouler. Ils tiennent en tout cas un discours plus volontariste que leurs prédécesseurs. Yves Sillard était déjà connu à l’intérieur du CNES ; il avait notamment dirigé le centre spatial guyanais avec autorité et dynamisme. Hubert Curien, pour sa part, n’était alors connu que dans les milieux scientifiques, mais il allait rapidement prendre le virus du CNES. Il pressentit tout ce que cet admirable instrument pouvait apporter à la politique spatiale française, mesura ses forces et ses faiblesses et, osons le terme, il l’aima dans sa complexe diversité. Il allait constituer avec Yves Sillard un tandem exemplaire.

Depuis 1975, après le départ d’André Lebeau pour l’Agence spatiale européenne (ESA), Pierre Morel, nouveau directeur général adjoint chargé des programmes instruisait un dossier en faveur du développement, au plan national, d'un satellite lourd d'observation de la Terre. Yves Sillard appuie ce dossier hautement stratégique et affirme sa volonté de mettre également en chantier des systèmes spatiaux de télécommunication et de télévision directe.

A Toulouse Yves Sillard regroupe les deux directions techniques entre les mains d'un seul directeur (Jean-Claude Husson); la direction administrative reste encore sous la dépendance du secrétaire général, mais les rejoindra quelques années plus tard, donnant au centre spatial de Toulouse (CST) une large maîtrise de ses moyens. Une organisation de combat est mise en place. Le fer de lance en est constitué par trois divisions sectorielles chargées des avant-projets de systèmes spatiaux :
            - observation de la Terre et collecte de données
            - télécommunications spatiales
            - missions scientifiques.

Parallèlement aux trois divisions sectorielles les techniques véhicule sont groupées dans une sous-direction (où l'on retrouve une division "satellites" signifiant que le CST veut maintenir une compétence interne en intégration) mais les techniques liées aux charges utiles sont éclatées entre les secteurs : l’optique et la détection avec l'observation, les radio transmissions avec les télécom. Les deux secteurs d'application reposent ainsi sur deux divisions au sein desquelles il est possible d'optimiser la conception des systèmes nouveaux puisqu'on y trouve à la fois les spécialistes thématiques, les ingénieurs système et les spécialistes des techniques des charges utiles. Enfin une autre sous-direction regroupe les services d'exploitation des satellites sur orbite, le centre de calcul et les moyens généraux du CST.

Pour contribuer à restaurer la confiance, des groupes de réflexion sont créés et ouverts à tous les volontaires. Ces groupes ont chacun un mandat dans un domaine précis mais ils recueillent toutes les idées exprimées. Le personnel joue le jeu avec une bonne volonté non exempte de circonspection, mais après avoir contribué à une explosion, il lui fallait bien maintenant adopter une attitude constructive. Le sentiment commun d’avoir échappé à un désastre cimente un nouveau CNES dans lequel les agents veulent persévérer et "faire carrière". C’est le début d’une véritable culture d’entreprise.

En étroite coordination entre la direction des programmes à Paris et les divisions sectorielles de Toulouse, des négociations sont entreprises avec l'administration des PTT pour développer le système à satellites Télécom 1 et avec TDF et l'Allemagne pour développer les satellites franco-allemands de télévision directe.

Mais c'est en matière d'observation de la Terre que l'évolution est la plus spectaculaire. Le 20 février 1977, devant une assemblée générale du personnel de Toulouse, Yves Sillard met le CST au défi de produire sous 6 semaines un rapport de phase A s'appuyant sur tous les travaux menés dans l'ombre depuis 1970. Le rapport  (plus de 1000 pages) est établi dans les temps ! Y figurent les principales options techniques qui feront le succès de Spot quelque 10 ans plus tard. Pierre Morel découvrit les imposants volumes du rapport sur son bureau de Paris un samedi matin. Stupéfait il téléphona aussitôt à Toulouse et cet homme, plus connu pour manier l’ironie que pour manifester une émotion, déclara à son interlocuteur avec des sanglots dans la voix : "Le CST existe !" Tous les maillons épars s’étaient enchaînés presque naturellement pour constituer le dossier. Suffisait-il donc que le CST reçoive un ordre ?

Aussitôt la France dépose le rapport sur la table de l'ESA et Yves Sillard effectue une tournée en Europe pour chercher des coopérants. A l'ESA la proposition est rejetée car la plupart des pays membres, déjà engagés dans de nombreux projets, ne disposent pas des ressources financières nécessaires. Seules la Belgique et la Suède établissent une collaboration bilatérale avec la France. Pour réduire le coût de développement du projet le CNES décide d'embarquer, au lieu de deux instruments différents (dont l'un en infrarouge) deux exemplaires du même instrument à haute résolution dans le spectre visible.

En 1978 le CNES parvient à un accord avec l'administration des PTT, laquelle défend jalousement son monopole. Il renonce à la compétence en matière de charges utiles de télécommunication (donnée au CNET) mais obtient l'engagement du programme Télécom 1 et reçoit délégation de maître d'ouvrage. Puis la France et l'Allemagne s'accordent pour construire ensemble les satellites TVsat (allemand) et TDF1 (français) ; la maîtrise d'ouvrage en est conduite par une équipe intégrée dirigée par un Français et installée à Munich. Ainsi, tandis que le développement du lanceur Ariane avance à grands pas, le CNES prépare 3 grands projets de satellites d'application compatibles avec le lanceur : Télécom 1, TDF 1 et SPOT 1.

Tous ces projets réussiront, mais à l'époque le pari qu'ils représentent est énorme. Pour l'heure ils mobilisent une part importante du CST. Le projet SPOT, surtout, fait progresser toutes les compétences du centre de Toulouse : compétences système, technologies de bord (véhicule et charge utile), télécommunications à haut débit, mécanique spatiale, opérations et traitement de l'image.

Pourtant le scepticisme qui avait marqué la longue période 69-76 n’a pas totalement disparu. A Toulouse on continue de ne pas croire au succès rapide du lanceur Ariane après la longue série d’échecs des lanceurs Europa. A Paris, après des années de stérilité, on ironise sur les chances de développement du projet SPOT, dont le nom est censé signifier "Système Pour Occuper Toulouse" !

Or, divine surprise, le 24 décembre 1979 Ariane s'envole de Kourou pour la première fois. La réussite est totale et procure instantanément un moral d'acier aux services de Toulouse, qui devront encore attendre 1984 pour lancer leur premier satellite d'application (Télécom 1). Les trois centres Evry, Kourou et Toulouse vibrent pour la première fois à l'unisson. Et le personnel continue de "positiver" malgré les défaillances des lancements N° 2 et N° 5.

La croissance des effectifs du CNES est stoppée depuis 1970 (elle le restera jusqu'en 1981), mais plus de 200 agents ont été embauchés, en 71 ou en 74, pour remplacer les agents ayant refusé leur transfert à Toulouse. Grâce à ces apports l'âge moyen des agents ne dépasse pas 40 ans. Yves Sillard exerce une forte autorité, bien relayée par les divers directeurs et peu contestée par le personnel. L'un des rares points de litige concerne le recours massif à la sous-traitance en raison du développement des activités et du blocage des effectifs.

En 1982 un nouveau directeur général est nommé (Frédéric d’Allest). Le gouvernement autorise le CNES à embaucher 300 personnes travaillant en sous-traitance. D'autre part un système de départs en préretraite permet de rajeunir quelques postes. Enfin et surtout, pour la première fois depuis 12 ans, une centaine de postes nouveaux sont ouverts !

En 1983, anticipant sur le succès des projets Télécom 1, SPOT 1 et TDF 1, Frédéric d’Allest met fin à l'organisation sectorielle du CST et lui substitue une organisation de croisière. Il engage un programme général de recherche et technologie visant d'une part à consolider les technologies développées dans les programmes en cours, d'autre part à asseoir la conception de systèmes futurs sur des bases suffisamment prospectives.

Le CNES est enfin prêt à récolter le fruit de ses efforts.

page 6

 

x