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rub24
 
 
 

Il y eut quelques problèmes,
qui n'eurent pas l'honneur des communiqués....

 
 
M. Taillade.
(ancien responsable de la case équipement D1)
 
 
 

La case équipement était mon premier travail au CNES et c'était mon premier lancement...
Impressionnant... génial...et surtout très formateur.
En décembre 1965, 6 mois après le lancement, on publiait un compte rendu détaillé du fonctionnement dont la conclusion était la suivante:

   
 

“Le fonctionnement de la pointe a été normal durant les 28 minutes du tir.
- L’ensemble des informations transmises (excepté l’accéléromètre axial (1) ) a pu être traité avec précision jusqu'à l'altitude de culmination à 1950 km (2)
- La température relevée sur le répondeur radar, 79°C en fin de tir, reste compatible avec les spécifications de ce matériel (si l’on tient compte de la position de la sonde de température). Un protection thermique parait cependant souhaitable.
- Le non fonctionnement de l’éjection du satellite n’a pu encore être expliquée. Divers essais sont actuellement en cours pour déterminer l’élément défectueux.(5)
- La vitesse de rotation après largage yoyo et ouverture des panneaux est trop élevée: 41 tours/minutes au lieu de 30 prévus).(3)
- L’angle de précession relevé après largage du yoyo nécessite un réglage plus fin des points d’attache des rubans.
- Le fonctionnement de la fusée semble correct sauf sur les points suivants:
Choc important 1,5 secondes après largage de la coiffe ayant pu entraîner une déviation de la trajectoire.(4)
Non fonctionnement des caméras montés sur les empennages arrière.

Le tir de Rubis 1 a été d’un enseignement très complet en ce qui concerne tous les problèmes pouvant se présenter lors d’un lancement.”

Michel Taillade

En relisant cette conclusion j’ai eu envie de vous en dire plus; C’était mon premier “job”, ces événements je ne les ai jamais oubliées, ils ont beaucoup marqué le jeune ingénieur que j’étais à l’époque.
 
1) L’accéléromètre axial n’a pas fonctionné:
  ... et pour cause ... il était monté à l’envers.
Pendant un an, on l’a eu sous le nez, on l’a testé dans tous les sens, on l’a étalonné et mesuré ses erreurs sur une table tournante en tenant soigneusement compte de la flèche gravée sur le boîtier qui indiquait le sens de l’accélération (et ne pouvait donc que désigner le vecteur vitesse de la fusée. )
On pouvait même, à tout instant, contrôler que l’accélération de la pesanteur dirigée dans le sens opposé était de -1 g
Personne ne s’est posé plus de questions... et à la mise à feu de la fusée l’accéléromètre est parti dans le mauvais sens.
Grande Honte .... mais très formateur pour un tout jeune ingénieur, admirateur de ses aînés et impressionné par leurs facultés d’abstraction.
 
2) Les informations transmises ont pu être traité jusqu’à l’altitude de culmination.
 

Dans le PC de lancement après la mise à feu, on suivait la trajectoire de la fusée et nous étions en permanence informés de son altitude et de sa distance par le radar Aquitaine.

    A 100 km, J.P. Guinard, qui était a coté de moi, me dit “ Nous devrions commencer à voir quelques fluctuations dans la transmission des données”
A 500 km, J.P. Guinard rajouta “La liaison est vraiment toujours excellente... félicitations...ils ont été vraiment bons”
A 1000 km, J.P. Guinard devenu méfiant me glissa “Il y en a qui ont pris de sacrés marges dans le calcul du bilan de liaison...”
A 2000 km la transmission était toujours excellente .... J.P. n’était pas content car il avait cru et peut être même été impressionné par les calculs complexes de nos collègues de l’étage au dessus.

... et j’avais appris encore quelque chose...

J.P. Guinard

  Pendant 40 ans de ma carrière, j’ai pratiqué ce que j’ai appelé la “Chasse aux dBs”, j’en ai vu de toutes les sortes (D2A, Télévision éducative sur Symphonie, Argos 1, Argos 2 sur Adeos (NASDA -Japon), Argos 3 ... liaisons montantes ou descendantes, et chaque fois il y avait un excès de puissance, anormalement important, malgré tous les calculs, horriblement compliqués, et les contre calculs effectués... par les français, les américains ou les japonais... et pourtant je savais!
 
3) La vitesse de rotation après largage yoyo et ouverture des panneaux est trop élevée.
 

En temps que responsable de la case équipement au CNES, je me trouvais parfois devant des problèmes parfois déroutants pour un ingénieur électronicien.
Le calcul du yoyo en était un.

      J’étais entouré de gens très “pointus”, en particulier Pierre Ricard de la division Mathématiques (qui m’a rappelé récemment qu’il avait été spécialement chargé des calculs de yoyo à cette époque) qui faisait des calculs très impressionnants de précision, compliqués et auxquels je ne comprenais rien...
Pour ma part je ne disposais que d’un bouquin en anglais: “Space Dynamics” qui m’offrait une page sur le yoyo et une formule très simplifiée sur la chose... Elle me permettait de vérifier les ordres de grandeur du calcul ... mais je ne pouvais pas m’en vanter en public !

(Si vous ne savez pas ce que c’est qu’un yoyo, consultez ce site , il est en anglais vous serez ainsi dans la même situation que moi avec mon livre “Space Dynamics”)
Pierre Ricard
  Lors du lancement de Rubis 1, la vitesse de rotation après largage du yoyo montrait une erreur de plus de 30 % en excès.
Tous recommencèrent leurs calculs; sans autre conclusion que de confirmer qu’ils étaient exacts et donc ... que ce n’était plus leur problème...
Avec ma formule simplifiée, j’étais arrivé au même résultat... et pourtant il y avait 30% de vitesse en excès !
J’avais sans le savoir un avantage décisif, ma formule était simplifiée, je pouvais facilement juger des paramètres qui intervenaient dans la calcul et surtout pouvoir interroger des gens de tous services...
Mes doutes se concentrèrent sur la valeur de l’inertie du 2e étage de la fusée qui nous avait été donnée avec plusieurs décimales... j’étais intrigué car il s’agissait d’une inertie après combustion... et dans le vide qui plus est...! (d’où mes doutes sur le nombre de décimales...)
A ma première question posé à la SEREB (que par chance j’avais l’occasion de visiter.. ) on me confirma que naturellement on ne pouvait pas bien connaître cette inertie après combustion et qu’en raison des imbrûlés en périphérie ( l’étage étant à poudre ), il était probable qu’elle ne pouvait pas être évaluée à mieux que 10 %.
J’avais donc découvert la cause la plus probable de cette vitesse de rotation anormale, obtenue lors du lancement de Rubis 1... mais ma situation n'en était pas plus agréable car pour le lancement suivant qui allait emporter le satellite D1, on attendait de moi que je fournisse les paramètres (il va de soi, les plus précis possible, 2 décimales au moins....) pour les nouvelles caractéristiques du yoyo.
Demander à Ricard (de Mathématiques !...) de calculer ces paramètres, en précisant que l’inertie de la fusée était connue à 10 % près, aurait été de mauvais goût et n'aurait pas mérité de réponse.
Je décidais donc, (sans doute avec l’aval de Guinard), de calculer avec ma misérable formule simplifiée de “Space Dynamics” et en fonction des résultats du lancement de Rubis, l’inertie probable de la fusée après combustion et d’introduire (avec les décimales...), dignement, cette valeur dans les paramètres du tir de D1A qui eut lieu quelques mois plus tard.
Le résultat fut excellent .... et la leçon bien retenue encore aujourd’hui. (ne jamais oublier de noter le nombre de décimales...)
 
4) Choc important 1,5 secondes après largage de la coiffe ayant pu entraîner une déviation de la trajectoire.
  La coiffe avait probablement heurté l’empennage de la fusée.
On ne s’en est pas beaucoup inquiété... cela était déjà arrivé sur un tir précédent et le modèle de coiffe était différent sur le tir suivant ...
mais les effets y furent beaucoup plus spectaculaires !)
 
5) Le non fonctionnement de l’éjection du satellite n’a pu encore être expliquée.
  Il s’agissait là du problème le plus grave ...
L’ordre d’éjection du satellite avait bien été donné mais pas exécuté !
  On pouvait donc soupçonner aussi bien les circuits électroniques que pyrotechniques de la séparation et dans ce dernier cas c’était l’hypothèse la plus difficile à prouver.

Durant les semaines qui suivirent on chercha sans grand succès....(surtout Mourant que j’admirais beaucoup, mon vis à vis chez Électronique Marcel Dassault fabricant de la case équipement),

Que pouvais je faire ? ... Je faisais et refaisais toute la procédure et la chronologie du lancement. Sans résultat... et je posais des questions autour de moi !
   
Mourant (EMD)

Contrôle des circuits pyrotechniques de la case équipements
 

Un jour, plusieurs mois après, où relatant ce problème à un spécialiste de la “Fiabilité” du CNES (dont malheureusement j’ai oublié le nom) et lui décrivant le circuit de la séparation du satellite, il me posa une seule question:
“Combien de temps le circuit est il resté sous tension avant la commande de mise à feu ?”
“environ 20 heures, répondis je, surpris...”
Il me répondit presque sans réfléchir:
“Tes thyratrons 2N886 de la commande de mise à feu sont probablement des Hoffmann au lieu des SSPI comme tu me l’as affirmé... vérifie...”
Exactement comme cela...! je lui montrais la queue de l’oiseau et il pouvait me donner son nom sans hésiter !!!

Je demandais un vérification, sans grande conviction, chez Électronique Marcel Dassault.
On découvrit que le service de contrôle des approvisionnements, avait laissé entrer dans le circuit de fabrication des minuteries pyrotechniques de la case équipements, un lot de thyristors solides 2N886 Hoffman à la place des SSPI, portés sur les nomenclatures et correspondants aux spécifications CNES.
On établit, de façon certaine, que plusieurs thyratrons Hoffmann équipaient les minuteries de la case équipements sans pouvoir déterminer à quels endroits il avaient été placés.

La tuile pour le tir suivant... et pour EMD.


Je venais de découvrir qu’en posant simplement la même question à plusieurs personnes, dans des domaines où je ne connaissais rien, je pouvais trouver des solutions à des problèmes qui paraissaient insolubles...

Je ne l’ai jamais oublié, et ça marche encore... pas toujours ... mais souvent ...

   
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Quelqu'un pourrait il m'aider à retrouver Mourant qui travaillait chez Électronique Marcel Dassault en 1964, 1965, 1966....?