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fu08302
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Le décollage fut parfait

Vesta, tout comme les Véronique, avait hérité d'un très curieux système mécanique de guidage pendant les cent premiers mètres.
Ce système fait de bras horizontaux boulonnés sous les empennages de la fusée et de 4 câbles de 100 mètres enroulés autour d'un tambour en fonte massif solidaire de la table de lancement devait en principe assurer un très bon parallélisme entre le plan de la table de lancement et le plan arrière de la fusée jusqu'à ce que les boulons explosifs déclenchés par une même minuterie libèrent la fusée de ce curieux système inventé à Peenemünde.
Après un décollage parfait, un premier problème se présenta à l'altitude de 100 mètres.
Un boulon explosif situé dans l'axe ouest de la fusée refusa de fonctionner.
VESTA continua son chemin entraînant derrière elle le bras horizontal et ses cent mètres de câble. Mais au lieu de prendre la direction 180 (plein sud) elle prit la direction ouest nord-ouest (cap 307).
Toutefois les choses s'arrangèrent rapidement. Sous l'effet de la pression dynamique croissante le boulon récalcitrant se rompit et la fusée se délesta à la fois du bras et du câble qui y était attaché.


Suivi de la télémesure de bord

Les premières indications radars montrèrent que la trajectoire de la fusée était certes dans un plan vertical très différent de celui prévu mais que par contre l'altitude de culmination serait proche de celle espérée (250 kilomètres).
Pour les médecins expérimentateurs cet incident n'avait donc pas d'importance.

En fait cela en avait pour moi qui avais pré-positionné les moyens de récupérations de l'animal au point de chute escompté à peu près à 350 kilomètres du nouveau point d'impact prévu.
Pour être plus clair Martine lancée de Paris était attendue à Bourges et se dirigeait sur... Caen.

Je sautais donc dans une Alouette de secours située à proximité de la base de lancement et demandais au pilote de décoller et prendre le cap 307. Dans mon casque retentissait la voix du chef de Mission qui me donnait à la fois des nouvelles rassurantes et inquiétantes.
La propulsion de Vesta avait merveilleusement fonctionné et la pointe avait été larguée par des ressorts mécaniques parfaitement... même on va le voir, trop parfaitement.


Premier choc.... surprise !

Un peu moins d'une minute après le largage un choc axial violent détecté par la télémesure de bord avait eu lieu sans conséquence importante apparente sur la pointe.
Martine qui avait commencé à travailler dès le déclenchement du programme sur son tableau de bord, à la grande joie des médecins qui voyaient le distributeur de comprimés de banane fonctionner, signe que Martine réagissait en apesanteur comme au sol, Martine donc avait accusé le coup quelques fractions de secondes seulement et puis avait recommencé à travailler comme si de rien n'était.


Second choc... plus grave

Puis vint le second choc, plus grave car le roulis de la pointe induit lors de la phase propulsée, s'inversa carrément tout en gardant peu ou prou sa valeur absolue.
A bord Martine cessa de travailler un moment. Ce second choc l'avait visiblement perturbée et pour cause. Les caméras embarquées montrèrent après le vol que sous l'effet du second choc le cou de Martine avait failli se dévisser (bonjour les vertèbres cervicales !)
Que c'était-il donc passé ?

Après le vol nous reconstituâmes l'impensable. La séparation par ressort avait procuré à la pointe une vitesse différentielle de 1 mètre par seconde par rapport à la Vesta dont la propulsion était théoriquement terminée... Erreur !
Si la propulsion était effectivement terminée il restait dans les énormes réservoirs de la Vesta des gaz chauds qui s'engouffraient dans la tuyère et procuraient un supplément de poussée qui fit que la Vesta rattrapa par l'arrière la pointe et sa passagère.
La séparation ayant été parfaitement axiale le choc le fut aussi et ne fit que communiquer sans dommage une impulsion supplémentaire à notre spationaute, quand même légèrement surprise de ce grand coup de pied aux fesses.
Une trentaine de secondes plus tard Vesta rattrapa de nouveau le vaisseau de l'animal.
Cette fois il le doubla mais l'un des empennages arrière de la Vesta accrocha un des aérofreins ouverts. La masse de la Vesta lestée à 500 kg était plus élevée que celle du vaisseau du singe lequel fut pris par effet d'engrenage et se mit à tourner en une fraction de seconde en sens inverse.
L'aventure aurait pu s'arrêter là !
Mais les vertèbres de Martine ayant tenu malgré un ballottement de la tête ahurissant (enregistré par les caméras Super 8), celle-ci reprit quelques secondes plus tard son travail avec autant de bonheur qu'auparavant.
Les comprimés de banane sortant du distributeur en attestant !

Le reste du vol fut sans histoire Martine acheva son programme, les médecins étaient aux anges. La rentrée dans l'atmosphère fut impeccable.


La pointe au sol et ses parachutes

Toutefois la télémesure qui était sensée voir si l'animal était vivant après la rentrée fut incapable de nous rassurer: la rotondité de la Terre avait fait perdre ce type de contact avant même l'ouverture du parachute extracteur.

Pendant ce temps notre hélicoptère volait vers le point d'atterrissage. Un avion de reconnaissance signalait la pointe au sol, ses parachutes à côté, apparemment en bon état.
Au bout d'une demi-heure la pointe fut en vue, fichée comme une fléchette dans le sol plutôt dur de la Hammada (plateau désertique sans dunes recouvert de pierres et de lichens)

Le pilote nous déposa à 100 mètres de notre objectif. Brice et moi nous précipitâmes sur la pointe apparemment intacte.