Accueil | Tous les Documents
 
Sommaire
page gauche
page droite
page précédente

fu08303
  page 03

 


J.P. Morin dévisse les 24 vis...

Pendant que je dévissais les 24 vis cruciformes de la trappe d'accès à l'animal, Brice auscultait l'endroit où Martine était.

Son visage s'assombrissait car, de bruits internes, pas un !
Un silence inquiétant.

 

Lorsque la trappe s'ouvrit on déverrouilla l'habitacle de l'animal et retira la spationaute comme on tire un tiroir hors de son logement.


Un concert de vociférations simiesques nous accueillit, nous rassurant instantanément. Concert long et ininterrompu marqué du sceau de l'indignation.


Nous avions l'impression que Martine nous parlait.

- La phase de propulsion avec un début de voile noir, OK elle avait connu cela sur la centrifugeuse du CEV.
- L'impression de flotter dans l'espace: nouvelle mais plutôt agréable.
- Le coup de pied aux fesses : une de nos facéties !
- L'inversion du roulis très désagréable, elle n'appréciait pas du tout
- Le reste du vol... parfait.
- La rentrée ? ...plutôt pénible avec un voile rouge.
Mais alors cette heure d'attente dans le noir dans le silence et dans la chaleur (nous n'étions pas loin de midi) avec un distributeur obstinément vide, là nous avions dépassé le stade del'inhumanité !


Peu à peu l'animal, débarrassé de sa combinaison spatiale, de sa prise électrique branchée sur sa tête et réfugiée dans les bras du Commandant Brice, consentit à se calmer d'autant plus qu'elle avait droit à s'abreuver et à se nourrir (toujours de comprimés de banane).


Un gros hélicoptère "Banane"


 

Un gros hélicoptère Sikorsky (surnommé Banane) arriva et se posa a proximité.
Il venait du point situé à 180 kilomètres au sud ! et devait récupérer la pointe et sa passagère.


La passagère dans l'Alouette

 

De fait la passagère était dans l'Alouette qui décollait vers la base de lancement.

Restait à l'équipage de la Banane le soin de récupérer à bord la pointe et ses parachutes.
Je jetais un coup d'œil sur l'état de la pointe.
Vraiment impeccable sauf un aérofrein à l'extrémité tordue comme par une mâchoire d'acier. Le résultat du 2ème choc!
Martine l'avait vraiment échappé belle !

 

Puis je jetais un coup d'œil distrait sur l'environnement désertique du point d'impact, ce que je n'avais pu faire jusqu'alors.


La stèle au Maréchal Leclerc

A trois cents mètres environ, j'aperçus un monument aussi incongru que celui que Stanley Kubric montre sur la Lune dans son film 2001 Odyssée de l'espace, qui devait sortir en 1968, donc un an plus tard.
Une curieuse stèle verticale en forme de parallélépipède rectangle construite de toute évidence pour attirer le regard de loin, dans un endroit susceptible de ne voir passer personne pendant des centaines d'années.

Je m'approchai donc et, arrivé à quelques mètres, lu avec stupeur cette inscription gravée sur la stèle :
"Ici périt en avril 1947 le Maréchal Philippe de Hauteclocque dit Leclerc,
dans un accident d'aviation par vent de sable à l'approche de Colomb Bechar
"

Position 32°7′53.77″N 2°19′19.13″O . (Image Google ) Le « monument Leclerc » n'existe plus aujourd'hui, sur le lieu de l'accident.



Ainsi dans un endroit du désert où rien n'était censé se passer pendant des siècles, à presque vingt ans d'intervalle, un accident d'aviation où périt un des héros français de la 2ème guerre mondiale et l'atterrissage de Martine, première spationaute "presqu'humaine" française, eurent lieu contre toute probabilité.
Sans le boulon explosif défaillant au début du vol de Martine, je n'aurai jamais su où était mort le Maréchal Leclerc.


Martine, en pleine forme rentra en France et rejoignit son laboratoire de la Place Balard.

Ecrit à Kourou le 5 septembre 2000

Note de l'auteur

Tout ce qui est indiqué dans ce document sort directement de la mémoire de l'auteur, 33 ans après l'événement.
Pour celui-ci les évènements relatés sont rigoureusement exacts. Toutefois par expérience certains chiffres peuvent s'avérer légèrement inexacts, la mémoire lointaine n'étant pas infaillible mais ces inexactitudes ne peuvent porter que sur des précisions qui n'entachent en rien la réalité historique de ce vol qui m'a paru exceptionnel par ses évènements dramatiques.
A l'exception du vol d'Ariane L01, auquel l'auteur participa douze années plus tard, pour lequel il fallut s'y prendre à trois reprises pour voir in extremis la première Ariane décoller, et fonctionner parfaitement, l'auteur ne se rappelle plus malgré plus de 200 vols du CNES dont il a été témoin, d'exemple de lancements pendant lesquels il y a eu autant d'incidents sources potentielles d'échec et une conclusion particulièrement heureuse. (Il ne fut pas le seul écoutez le récit d'Henri Hollander)