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cn213
en 1969, le projet de navette spatiale est encore à la recherche de ses premiers financements.
Extrait du mémoire présenté pour le DEA par Nicolas Mohr, op. cit., p. 186. L’auteur se réfère au rapport de la Commission des Communautés Européennes intitulé Les industries aéronautiques et spatiales de la Communauté comparées à celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, n° 8284, Bruxelles 1971, Tome III, Les activités spatiales, p. 539.
A partir de Juin 1966, date de la signature du protocole franco-allemand sur Symphonie, j’ai été chargé du pilotage de l’équipe française en charge de la rédaction de l’Appel d’Offres ; cette rédaction a duré sept mois, au cours desquels… nous avons appris à la partie allemande ce qu’était un satellite, comment il fallait écrire les spécifications et ultérieurement quel comportement on devait avoir vis-à-vis de l’industriel maître d’œuvre, etc. Heureusement, notre partenaire nous a complètement suivi dans notre démarche. Par la suite, dans le cadre des échanges entre les deux Parties, tant au niveau représentants des Etats que Industriels, les Allemands ont retiré un bénéfice considérable de cette collaboration, dont l’histoire, à ma connaissance, reste à écrire.
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Des avancées techniques et industrielles considérables
L'Industrie, sous l'impulsion du CNES, réalise au cours des années 1966-69 des avancées considérables, dont la liste suivante donne un aperçu :

- développement d’une panoplie de sous-systèmes et d’équipements utilisés ultérieurement dans divers projets européens (Tableau 4).
- développement des techniques de positionnement d’un véhicule terrestre par rapport à une base satellitaire, qui devait conduire à Argos et, si l’effort avait pu être poursuivi, à Galileo…
- développement d’une filière de satellites de télécommunications géostationnaires, sur le premier marché de l’industrie des satellites. Symphonie fut le premier 3 axes géostationnaire, conception aujourd’hui largement adoptée par tous, qui a permis à l’industrie européenne de se positionner très avantageusement lors de l’appel d’offres Intelsat V en 1979. Par ailleurs, le développement de Symphonie, assuré en commun par la France et l'Allemagne, fut à l'origine d'une (fructueuse?) collaboration politique, technique et industrielle entre les deux pays.
- développement de la filière météorologie (En plus d’Eole, l'étude d’architecture du satellite et du radiomètre Météosat furent réalisés dans la Division Satellites à partir de 1967 ; le projet fut transféré à l’ESRO en 1970)
- développement des bases techniques de plate formes d’observation de la Terre, qui ont conduit dans les années 80 aux Spot et aux Hélios…
- développement d’une filière européenne de composants satellites ( Programme CONCERTO),

5- LES TRANSFERTS

A partir de Mai 1968 et surtout de 1969, plusieurs facteurs modifient profondément le contexte d’activité du CNES et … de son budget  :

- le déclin progressif de la politique des grands projets menés par l'Etat du Général de Gaulle, remplacée progressivement par celle de Georges Pompidou ("l’Impératif industriel"),
- le besoin de regrouper les moyens, au niveau européen et même mondial, tant pour les satellites scientifiques que d'applications, en particulier les géostationnaires,
- l’échec de plus en plus patent de l’ELDO, puis le refus américain de lancer Symphonie autrement que comme "satellite expérimental" reporte à au moins dix ans la perspective d'une croissance du marché accessible à l’ingénierie européenne des satellites,
- après une décennie d’efforts humains et financiers colossaux, les Américains mettent le pied sur la Lune le 16 Juillet 1969. Cet événement produit un accès de fièvre considérable dans le monde entier pour les questions spatiales, mais de (très) courte durée ; sans projet à la hauteur de cette aventure, le budget 1970 de la NASA est mis en pièces par le Congrès, ce qui entraîne un nombre considérable de licenciements, et finalement un retrait de l’intérêt du public pour les questions spatiales.
- les préparatifs d’un transfert à Toulouse de la Division Satellites sont en bonne voie : le terrain a été choisi, le cahier des charges fonctionnel des bâtiments rédigé, la construction de ceux-ci commencée, avec un transfert possible à partir de 1971…

Dans ce contexte, par lui-même fortement négatif, la décision de lancer le projet scientifique D2B, au détriment de la filière plus opérationnelle Eole, suivie de la décision du Général Aubinière de confier la maîtrise d'œuvre du satellite D2B à l'Industrie marque un tournant : ceux des éléments qui, dans la Division satellites, ont plutôt opté pour une carrière industrielle, comprennent qu'ils n'auront plus "de grain à moudre" au CNES et le quittent. En tout cas, cette décision fut la cause immédiate du départ des principaux dirigeants du CST.

6- CONCLUSION

Malgré des moyens très réduits, la démarche "impulsée" par le CNES au cours des années 60 a placé techniquement et industriellement notre pays au premier rang des constructeurs de satellites en Europe, position qu’il a conservée depuis lors, malgré le ralentissement des budgets au cours des années 70, dépassant ainsi l’objectif proposé par Jacques DONTOT.
Dans les années 60, l'Industrie française, sous l'impulsion du CNES, a su s'approprier les méthodes et technologies propres au métier particulier de constructeur de satellites, et a constitué une base de références industrielles qui l'ont placée en bonne position sur le marché international et lui ont permis de nouer les alliances nécessaires pour constituer des groupes de taille compétitive.
S'il en était besoin, on pourrait trouver une preuve de ce constat dans le fait que le CERS/ESRO a donné, dès le début, une large préférence aux maîtres d’œuvre et aux équipementiers français : « Dans le cadre des programmes réalisés par l’ESRO jusqu’à fin 1968, la France constitue le plus gros fournisseur de satellites – 39% des contrats revient aux industriels français, contre 16% pour le Royaume-Uni – tout en constituant un utilisateur scientifique très limité – la France représente 11% des expériences scientifiques contre 57% pour la Grande-Bretagne. Les industriels français illustrent leur leadership par la qualité des contrats obtenus auprès de l’ESRO…».
De même, l’Intelsat a choisi, à partir d'Intelsat V, la solution d'architecture à 3 axes préconisée par la France pour Symphonie, ce qui a permis d’améliorer la position de nos Industriels sur ce créneau de marché majeur.
Et nous n'en sommes pas à la "fin de l'Histoire"…
Enfin, au niveau des satellites nationaux (Spot, Helios) ou construits en coopération (Topex-Poseidon), c’est dans les années 60 qu’il convient de rechercher les racines de la filiation technique et souvent industrielle qu’on connaît aujourd’hui.

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