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Réf: conversation avec le Général Aubinière, 2001.
Cf. Carlier Claude et Gilli Marcel, Les 30 premières années du CNES, La Documentation française, CNES, Paris 1994
en particulier l'importance qu'étaient susceptibles de prendre les télécommunications par satellite.
Gire Bruno et Schibler Jacques, The french national Space Program, 1950-75, Journal of British Interplanetary Society, Vol. 40, pp. 51-66, 1987.
Gossot Hubert, Le projet Diamant, document non publié
Le budget total du CNES était d'environ 300 MF en 1965, à comparer à celui de la NASA, qui était de 4,2 milliards de dollars pour l'année fiscale 62-63! (Source Nicolas Mohr, Le rôle du CNES dans l’industrie spatiale française,, Mémoire présenté pour le DEA Histoire du XX° siècle, ISP, 2000, p. 92).
Cf. Carlier et Gilli, op; cit.
La France menaçait alors de se retirer de l’OTAN. Elle était soumise à embargo sur toutes les informations de provenance américaine concernant par exemple les techniques lanceur et atomiques
Dans le deux cas, il s'agit d'Agences d'Etat dont la mission est l'offre de technologies.
cn202
page 2

L’ampleur et la complexité des problèmes imposent la coopération […]
Coopération européenne bien entendu, déjà largement acquise et nécessaire en face des géants de l’Ouest et de l’Est […]
Mais coopération nationale aussi. Les industriels de l’Électronique ne peuvent, devant l’ampleur de l’effort et l’enjeu en cause, qu’unir leurs meilleures équipes pour multiplier les puissances créatrices. Ils doivent de plus collaborer étroitement avec les industries spatiales connexes, et tout spécialement l’Aéronautique, afin de répondre avec une efficacité à la taille de celle de nos voisins à l’impulsion du Centre National d’Études Spatiales…
Les industriels de l’Électronique devraient y trouver leur compte car ils savent bien que notre économie condamne à terme ceux qui ne consentent pas un effort de recherche permanent et qui ne font pas du progrès technique et du renouvellement perpétuel de leurs produits, de leurs services, de leurs méthodes (voire de leurs structures), la règle de leurs plans à long terme ».

Pourtant, moins d'un an après, la France devenait la troisième nation au monde à satelliser des charges utiles "intelligentes" construites en grande partie avec ses propres moyens, - et, moins de six ans après, à la fin des années 60, l'Industrie française disposait du savoir-faire spécifique à la conception/construction des satellites et de références industrielles dans ce domaine susceptibles d'asseoir la crédibilité de son offre sur le marché international des satellites. De plus, les bases techniques sur lesquelles allaient se construire les alliances industrielles indispensables avaient été jetées.

Les Tableau 1 et Tableau 2 rappellent les lancements des principaux satellites étudiés et/ou réalisés, - au moins en partie - en France pendant les années 60.

C'est d'abord sous l'impulsion du CNES que, dès la première moitié des années 60, l'Industrie française et parfois européenne a réalisé ces actions; elle les a complétées ensuite principalement à l'occasion d'accords de coopération de firme à firme. dans le cadre de contrats de l'ESRO/ESA ou de l'Intelsat.

Je limiterai mon propos aux actions menées sous l'impulsion du CNES, à la fois en historien-amateur de cette période et en témoin : entré au CNES en 9/1963 après 3 années à CSF/Dpt Matériel militaire de Malakoff, j'ai été Chef de la Section Systèmes et Intégration de la Division Satellites, Chef du Projet D1A « Diapason », de 1/1964 à 4/1967, puis Directeur de la Division « Systèmes et Projets Satellites » dans la Direction Technique du Centre spatial de Toulouse de 4/1967 à 2/1970; je suis alors retourné à ce qui était devenu Thomson-CSF, Département AVS de Vélizy pour quitter cette Société six mois après… en même temps que l'ingéniérie spatiale.

Les informations contenues dans le document ci-dessous se basent sur des conversations avec de nombreuses personnes du CNES et de l’Industrie que je tiens à remercier ici, des lectures, ainsi que sur mon expérience personnelle.

2- LES FONDATIONS

Rappel sommaire des objectifs et du contexte CNES à sa création
Je rappelle sommairement ci-dessous les objectifs et les éléments de contexte qui ont conditionné le démarrage de l'activité satellite au CNES (Mars 1962) :

1- L'objectif principal du Gouvernement, en ce qui concerne l'espace, était de crédibiliser la stratégie de dissuasion de la France, en montrant qu'elle possédait les moyens industriels et opérationnels de construire et de mettre en œuvre des lanceurs susceptibles de porter l'arme atomique. Certains membres du Gouvernement (dont Pierre Guillaumat , alors Ministre des Questions Atomiques et Spatiales) ont été d'abord partisans de se limiter à cet objectif, qui n'obligeait pas à développer une capacité industrielle nationale de construction de satellites de longue durée de vie, ni à créer un organisme civil ad hoc comme le CNES.
Aussi, c'est pour d'autres raisons - politiques, scientifiques, diplomatiques, industrielles- que le Gouvernement décida d'opter pour la mise sur pied d'un "grand programme" national en faveur de l'étude et de l'exploitation de l'espace à des fins civiles et d'en confier le pilotage à un "Centre National d'Etudes Spatiales".
2- Les principaux éléments de contexte ont été, à mon sens, les suivants:
- la communauté scientifique française était engagée dans divers programmes de recherche scientifique, souvent commencés sur fusées-sondes et ballons, et demandait à les poursuivre sur satellite, dans le cadre de programmes nationaux ou internationaux: le Colloque 2000 de l'IFHE a abordé cette question, en présentant les démarches de recherche qui ont abouti aux expériences FR1 (Étude de la propagation des ondes TBF dans la magnétosphère) et D1 (Géodésie).
- la NASA offrait d'aider des opérateurs scientifiques civils occidentaux à réaliser leurs expériences spatiales par des mises à disposition de moyens et par de l'assistance technique, dans le cadre d'accords de coopération finalisés autour d'un projet scientifique intéressant les Etats-Unis, approuvés par les gouvernements des USA et du pays demandeur. Au 1/3/1962, plusieurs pays avaient déjà bénéficié de cette offre, selon des modalités très variables. Le caractère civil du CNES, sa position centrale dans le dispositif français de la Recherche spatiale, étaient deux points forts pour entamer une coopération.
Deux expériences françaises entraient alors dans le cadre du programme de coopération NASA, toutes deux à l'initiative du CNET : une expérience de liaisons transatlantiques par satellite, pour laquelle un protocole de coopération avait été signé en 02/1961, et un projet de satellite d'étude de la propagation d'ondes TBF dans la magnétosphère, futur FR1, pour lequel un accord de coopération n'était pas encore signé,
- depuis fin 1961, la décision de construire un lance-satellites français avait été prise par le gouvernement, à la suite des études lancées en interne à la SEREB dès le début des années 60 ,. Ce lanceur en projet s'appelait déjà Diamant, mais avait des performances nettement inférieures à celles de Diamant A (la charge satellisable était de l'ordre de 20kg, à comparer aux 80kg de Diamant A en orbite basse).
- enfin, l'industrie nationale électronique ne se considérait pas en mesure d'assumer les risques inhérents à la révolution technologique de l'espace à réaliser, - selon l'expression de Jacques Dontot.

Une stratégie nationale

Dans ce contexte, dès la création du CNES (1/3/62), son équipe de Direction Générale, s’appuyant sur des ressources d’État, arrête une stratégie pour la construction des satellites consistant principalement à :

- Créer en interne, ex-nihilo, une capacité de maîtrise d’œuvre, dont un des rôles sera d'acquérir le savoir-faire et de le transmettre à l'Industrie,
- Associer l’industrie aux développements techniques à venir, en particulier par la mise en place d’un cadre de dialogue facilitant les relations directes entre dirigeants,
- Utiliser les premiers tirs de Diamant pour lancer un satellite national.

Ces choix – faits dès Mars 1962 - sont confortés par le succès de la mission du Général Aubinière et de Jacques Blamont à la Maison Blanche fin Mai 1962: ces derniers obtiennent l'accord et même l'appui des autorités américaines pour qu'une vaste opération de transfert de technologie basée sur la construction en France, sous maîtrise d'œuvre CNES, du satellite FR1 soit mise sur pied.
Cet accord a permis une accélération considérable du processus d'apprentissage des méthodes et technologies américaines de construction de satellites.
Ces décisions du CNES, à sa création, ont été inspirées – toutes proportions gardées – par le modèle NASA. Une identité de vues, s'ajoutant à une identité de mission et de statuts, a certainement facilité la conclusion de l'accord NASA-CNES et la poursuite d'un dialogue confiant qui dure encore aujourd'hui.

 

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