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cn109
Procès verbaux du Conseil d’Administration du CNES, séance du 20 mars 1962, Archives du CNES.
page 9

Aubinière devait regretter sa pusillanimité toute sa vie, car la querelle s’envenimera plus tard au point de lui aliéner pour toujours Pierre Messmer, et donc finalement lui coûter sa carrière.
Le protocole d’accord cédant nos responsabilités pour au moins les deux premiers tirs, daté du 9 mai, n’a peut-être jamais été signé, mais il fut appliqué. Il est vrai que mes ambitions pouvaient paraître folles.
Dans le procès verbal de la quatrième session du Conseil d’administration du CNES, daté du 12 juin 1962, se trouve la liste du personnel présent le 29 mai, à savoir 28 personnes dont seulement trois techniciens, y compris moi.
Notre principale préoccupation était donc le recrutement.
Je gardai toujours l’idée de nous faire aider par NASA et convainquis donc Aubinière de m’accompagner à Washington à l’occasion de la deuxième Assemblée du COSPAR et d’en profiter pour sonder NASA sur les deux points cruciaux, la formation de notre personnel futur et une expertise technique du projet Diamant, que j’avais abordés dès décembre 1960, un an et demi avant la création du CNES !
Mon expérience sur le champ de tir d’Hammaguir où planait  l’échec du programme Parca m’avait mis en garde contre les ingénieurs militaires et je doutais donc des compétences de la SEREB, doutes partagés par Aubinière.
Le conseil d’administration du CNES chargea donc Aubinière, Michel Bignier et moi-même de consulter NASA sur les deux sujets x.

Deux évènements se produisirent pendant notre mission entre le 20 avril et le 8 mai qui devaient déterminer l’avenir du CNES.
Le premier fut la présentation que je fis à Aubinière de deux de mes amis que je souhaitais engager : Jean-Pierre Causse, à ce moment directeur de la filiale de Schlumberger Electromechanical Research à Princeton, qui avait développé pour GSFC des instruments d’optique spatialisés, et Pierre Morel, attaché à l’ambassade de France, qui terminait une thèse de physique théorique.
Un dimanche matin nous quatre fîmes d’innombrables tours du grand bassin rectangulaire situé devant le Lincoln Memorial et le directeur général sortit de cette longue promenade non seulement conquis à l’idée d’une Agence, mais surtout persuadé que nous saurions trouver le matériel humain nécessaire.
Morel devait arriver au CNES en juin et Causse en octobre. Aubinière soutiendra désormais cette politique de tout son poids sans lequel rien n’aurait été possible.

Le second évènement fut que j’obtins de notre ambassade de demander audience pour Aubinière et moi au Conseiller scientifique du Président Kennedy, Jerry Wiesner, provost du MIT.
Notre objectif était de comprendre quelles seraient les règles politiques de la coopération entre les Etats-Unis et le CNES.
Wiesner nous reçut pendant une heure avec un adjoint (il me semble qu’il s’appelait Robinson, à moins qu’il ne s’agisse d’Eugène Skolnikoff) dans son bureau de l’Old Navy Building, à côté de la Maison Blanche.
Les résultats de l’entrevue furent très clairs.
Pour le Diamant et tout ce qui touchait la technologie balistique, refus rigoureux de toute coopération. Comme on m’avait raconté que l’année précédente, sur la demande des Américains, une délégation française du Ministère des Armées s’était rendue aux Etats-Unis avec une longue liste de matériels qu’elle était prête à acheter, et que la vente d’aucun de ces équipements n’avait été autorisée, je ne fus pas surpris de cette attitude.
Mais dans le domaine des satellites, la porte était ouverte à un transfert de compétences quasi illimité dans le cadre déjà tracé du programme coopératif FR-1.

 

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